Énergie·Sobriété
Climatisation ou ventilateur : ce que coûte vraiment un été
Un ventilateur tourne pour 1,50 à 3 € tout l'été, une clim mobile coûte 40 à 70 € par mois. Le tableau appareil par appareil, et ce que le tuyau d'évacuation fait vraiment.
Publié le · par Gaëtan Rebut
Dans cet article
Un ventilateur de chambre allumé 8 heures par jour pendant tout le mois d'août vous coûtera entre 1,50 et 3 €. Une climatisation mobile monobloc, sur la même période, se situe entre 40 et 70 €. Le rapport de un à vingt ne se referme jamais, parce que ces deux appareils ne font pas le même travail : le premier ne refroidit rien du tout.
Le calcul est refaisable chez vous en une ligne : puissance en kilowatts × heures d'utilisation × prix du kWh. Un ventilateur de 40 W consomme 0,04 kW ; huit heures font 0,32 kWh ; à 0,25 € le kWh, la journée revient à 8 centimes. Le prix du kWh TTC se situe entre 0,20 et 0,27 € selon le contrat et l'option tarifaire — le vôtre est imprimé sur votre facture, et c'est celui-là qu'il faut mettre dans la formule.
Ce que chaque appareil coûte sur un mois d'été
Base commune : 8 heures par jour, 30 jours, 0,25 € le kWh. Les climatiseurs ne tournent pas en continu — ils s'arrêtent dès que la consigne est atteinte — donc les kilowattheures ci-dessous intègrent ces cycles dans une pièce moyennement isolée. Un piège d'étiquette, au passage : les « 2 600 W » affichés en gros sur le carton d'un climatiseur désignent sa puissance de froid, pas sa consommation électrique. Celle-ci est trois fois plus basse, et imprimée en petit au dos.
| Appareil | Puissance en marche | Conso sur le mois | Coût à 0,25 €/kWh |
|---|---|---|---|
| Ventilateur de table ou sur pied | 25 à 50 W | 6 à 12 kWh | 1,50 à 3 € |
| Ventilateur de plafond | 20 à 60 W | 5 à 14 kWh | 1,20 à 3,60 € |
| Rafraîchisseur par évaporation | 60 à 150 W | 14 à 36 kWh | 3,60 à 9 € |
| Clim mobile monobloc (un tuyau) | 900 à 1 300 W | 170 à 280 kWh | 40 à 70 € |
| Clim mobile bi-bloc (unité déportée) | 700 à 1 000 W | 135 à 215 kWh | 34 à 54 € |
| Split fixe mural (mono-split 2,5 kW) | 350 à 600 W | 65 à 120 kWh | 16 à 30 € |
| PAC air/air réversible, mode froid | 400 à 800 W | 70 à 160 kWh | 18 à 40 € |
Ces montants supposent un usage sage. Une clim mobile réglée à 19 °C dans un séjour ouvert sur la cuisine dépasse sans peine 100 € sur le mois : chaque degré retiré à la consigne coûte environ 7 % de consommation en plus.
Un ventilateur ne refroidit pas une pièce, il refroidit une peau
Posez un thermomètre devant un ventilateur, l'aiguille ne bougera pas. Le moteur dissipe même ses quelques dizaines de watts en chaleur, si bien qu'une pièce fermée se réchauffe très légèrement quand l'appareil tourne. Ce qui change, c'est vous : l'air en mouvement balaie la mince couche d'air tiède et humide collée à la peau, et accélère l'évaporation de la sueur. La sensation gagne 3 à 4 °C. La température ambiante, rien.
D'où une règle que personne n'applique : un ventilateur qui tourne dans une pièce vide ne rafraîchit personne. L'éteindre en sortant n'est pas de l'avarice, c'est la seule façon cohérente de s'en servir. Un modèle laissé en marche 24 h sur 24 tout l'été triple sa facture sans jamais avoir refroidi le moindre mètre cube d'air.
La méthode a une limite haute. Au-delà de 35 °C environ, l'air ambiant devient plus chaud que la peau : le brassage cesse d'aider et se met à déshydrater. Les recommandations sanitaires françaises déconseillent d'ailleurs le ventilateur seul pour les personnes âgées pendant les pics de canicule. Pour situer les sommes en jeu, un ventilateur de chambre coûte, sur tout un été, moins cher que les appareils en veille de votre logement sur le même mois.
Le tuyau de la clim mobile travaille contre elle
Un monobloc aspire l'air de la pièce, le fait passer sur son condenseur brûlant et l'expulse dehors par le gros tuyau souple. Cet air-là quitte le logement, plusieurs centaines de mètres cubes par heure. Il faut bien que quelque chose le remplace : le logement se met en légère dépression et aspire par les entrées d'air, le bas des portes et le calfeutrage approximatif de la fenêtre… l'air extérieur à 33 °C que la machine vient précisément de dépenser de l'électricité pour évacuer.
Aucun vendeur de rayon saisonnier ne vous expliquera ce mécanisme, qui est pourtant la raison pour laquelle une clim mobile déçoit presque toujours par rapport à sa fiche technique. Les mesures en conditions réelles montrent couramment un tiers de puissance de froid en moins que la valeur annoncée. Ajoutez le tuyau lui-même, chaud sur toute sa longueur, qui réchauffe la pièce qu'il traverse, et le compresseur qui reste à l'intérieur : 55 à 65 dB dans le salon, soit un lave-vaisselle qui ne s'arrête jamais.
Les modèles bi-blocs, avec une petite unité posée sur le balcon et deux flexibles fins, échappent à la dépression et renvoient le bruit dehors, pour 200 à 400 € de plus. Si vous restez sur un monobloc, calfeutrez la fenêtre pour de bon — la bâche molle fournie dans la boîte laisse passer plus d'air qu'elle n'en retient —, raccourcissez le tuyau au maximum, et ne traitez qu'une pièce, porte fermée. Rafraîchir une chambre de 12 m² à 26 °C coûte environ trois fois moins qu'un séjour ouvert.
Le split fixe : deux fois moins cher à l'usage, 1 500 € à poser
Un split mural fixe rejette sa chaleur par une unité extérieure dédiée, sans jamais prélever d'air dans la pièce. Plus de dépression, plus de tuyau chaud, un compresseur à vitesse variable qui module au lieu de démarrer et s'arrêter. L'écart d'usage tourne autour de 30 € par mois d'été face à un monobloc, dans le même logement.
La pose se paie : 1 500 à 2 500 € pour une pièce, réalisés par un frigoriste titulaire de l'attestation de capacité, seul habilité à manipuler le fluide frigorigène. À 60 € économisés sur deux mois d'été par an, l'investissement ne se rembourse jamais sur le seul poste climatisation. Ce qui le rend défendable, c'est l'hiver : la même machine chauffe en mode inverse avec un rendement de 3 à 4 kWh de chaleur par kWh consommé, et remplace des convecteurs électriques. Le retour sur investissement se joue en janvier, pas en juillet.
Et si un appareil de ce genre est déjà accroché à votre mur, la question est réglée : une pompe à chaleur air/air réversible est une climatisation. Le mode froid, ce flocon sur la télécommande, équipe la quasi-totalité des modèles installés en France depuis quinze ans. Des foyers achètent chaque été un monobloc à 500 € en pleine canicule alors qu'une machine bien plus efficace dort au-dessus de leur canapé, faute d'avoir ouvert la notice. Ce que consomme réellement une PAC air/air mérite un coup d'œil avant tout achat d'appoint.
La journée qui fait gagner 4 °C sans rien acheter
Le plus gros gain de l'été est gratuit et tient dans une chronologie. Volets fermés dès 8 h sur les façades est et sud, avant que le soleil ne tape : un vitrage exposé laisse entrer jusqu'à 300 W par mètre carré, et une baie de 4 m² fait alors le travail d'un radiateur électrique allumé toute la journée. Fenêtres closes dès que l'extérieur dépasse l'intérieur, souvent vers 10 h — ouvrir « pour aérer » à 15 h ne fait entrer que de la chaleur.
Le soir, à partir de 22 h et jusqu'au lever, tout s'ouvre en grand, de préférence sur deux façades opposées pour créer un courant d'air traversant. Un ventilateur posé dans l'embrasure et soufflant vers l'extérieur accélère nettement l'évacuation, pour trois centimes. Éteignez aussi ce qui chauffe de l'intérieur : four, plaques, ordinateur fixe, vieux halogènes.
Un logement conduit ainsi garde 4 à 6 °C d'écart avec la rue pendant un épisode chaud, ce qu'aucun ventilateur ne procurera jamais. Rideaux épais et volets servent d'ailleurs deux fois dans l'année. Et quand la maison reste étouffante malgré tout, la cause est presque toujours au-dessus de la tête : des combles mal isolés transforment un toit à 60 °C en plafond chauffant, un défaut qui relève de travaux d'isolation.
Le pire moment pour trancher, c'est le 12 août à 34 °C, devant le dernier monobloc du magasin affiché 599 € quand il valait 399 € en mai. Les prix des climatiseurs mobiles montent avec le thermomètre, et un appareil acheté dans ces conditions passe onze mois sur douze au fond d'un placard. Si la question doit se poser, elle se pose en février.
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