Énergie·Sobriété

Lave-vaisselle en heures creuses : 20 € par an dans le meilleur des cas

Un cycle éco de lave-vaisselle pèse environ 0,9 kWh, et le décaler après 22 h fait gagner cinq centimes. Reste à savoir ce que cinq centimes par soir donnent au bout d'un an, et pourquoi deux réglages suffisent à tout annuler.

Publié le · par Gaëtan Rebut

Lave-vaisselle en heures creuses : 20 € par an dans le meilleur des cas
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Un cycle éco de lave-vaisselle avale environ 0,9 kWh. Lancé à 20 h, il coûte 19 centimes d'électricité ; lancé à 23 h, un peu moins de 14. Même panier, même eau, même vaisselle propre au matin. Le geste ne demande aucun effort, ne change rien au confort, et se retrouve pourtant classé un peu partout parmi les grandes économies du foyer. Sur douze mois, il pèse moins qu'un caddie de courses.

0,9 kWh, 365 soirs : le calcul jusqu'au bout

Une machine lancée chaque jour en programme éco consomme dans les 330 kWh sur l'année, soit environ 66 € au tarif de base (0,20 €/kWh). L'appareil reste sobre tant qu'on laisse le bouton éco tranquille — ce que consomme réellement ce programme surprend d'ailleurs la plupart des gens dans le bon sens.

En option heures creuses, il n'y a plus un prix mais deux. Le kWh en heures pleines tourne autour de 0,21 €, celui des heures creuses entre 0,15 et 0,16 € selon le fournisseur : l'écart exploitable va de 5 à 7 centimes. Appliqué aux 330 kWh de la machine, il donne 16 à 23 € par an. Vingt euros en étant généreux, puisque le chiffre suppose un cycle quotidien et la totalité du programme à l'intérieur de la plage creuse.

La réalité des foyers français se situe en dessous. L'Ademe place la consommation moyenne d'un lave-vaisselle autour de 190 kWh par an, ce qui correspond à quatre ou cinq cycles par semaine. Le gain retombe alors vers 11 ou 12 € — deux boîtes de tablettes. Remplir la machine avant de la lancer joue d'ailleurs dans le même ordre de grandeur, sans horloge à surveiller : demi-charge ou charge pleine mérite d'être tranché avant la question de l'horaire.

Souscrire l'option pour la vaisselle, c'est perdre de l'argent

L'option heures creuses se paie. Son abonnement dépasse celui de l'option base de 15 à 25 € par an selon la puissance souscrite. Posez les deux nombres côte à côte : le supplément d'abonnement et le gain du lave-vaisselle appartiennent à la même échelle. Un foyer qui basculerait en heures creuses pour décaler sa vaisselle terminerait l'année à l'équilibre, parfois en dessous.

L'option ne tient que s'il existe déjà un gros poste déplaçable dans le logement : ballon d'eau chaude, voiture électrique, chauffage à accumulation. Le lave-vaisselle est un passager, jamais le motif du voyage. Si le doute persiste, le calcul de rentabilité de l'option se fait en dix minutes avec vos propres relevés.

Le départ différé, ce bouton que personne ne lit

Un délai, pas une heure d'arrivée

Deux familles de machines coexistent. Sur les unes, la touche « départ différé » ajoute un délai à partir de l'instant où vous appuyez : 3 h, 6 h, 9 h. Sur les autres, vous réglez l'heure à laquelle le cycle doit être terminé. Appuyer sur « 3 h » à 21 h ne produit donc pas du tout le même résultat : démarrage à minuit chez l'une, fin à minuit chez l'autre, soit un démarrage vers 20 h 30, en plein tarif fort. Le manuel le précise en une ligne, que presque personne ne lit.

Et non, l'électronique qui patiente pendant six heures n'annule pas le bénéfice : elle tire 1 à 2 watts, moins d'un euro sur l'année.

La dépense se joue dans la première demi-heure

Un cycle éco s'étale sur trois à quatre heures, mais il ne consomme pas de façon régulière. La chauffe de l'eau de lavage arrive au début, celle du rinçage final vers la fin, et entre les deux la machine ne fait presque rien : la résistance représente l'essentiel de la dépense, la pompe et la carte électronique se partagent des miettes. Un cycle qui déborde de vingt minutes sur les heures pleines perd peu de chose ; un cycle qui démarre vingt minutes trop tôt perd la moitié du bénéfice.

La plage creuse a peut-être bougé sans vous

Le repère « 22 h 30 – 6 h 30 », appliqué par beaucoup de foyers depuis quinze ans, n'est plus une constante. Sous l'impulsion de la Commission de régulation de l'énergie, les plages creuses sont redécoupées progressivement sur tout le territoire, un chantier engagé à l'automne 2025 et étalé jusqu'en 2027 sur plusieurs millions de compteurs. La raison est industrielle : le réseau a désormais son surplus de production en milieu de journée, grâce au solaire, plutôt qu'au creux de la nuit.

Une partie des heures creuses migre donc vers l'après-midi, surtout d'avril à octobre, et quitte la fin de soirée. Le changement arrive par courrier ou par e-mail, dans un message qui ressemble à s'y méprendre à une relance commerciale, et beaucoup finissent à la corbeille sans avoir été ouverts. Une plage qui a bougé, c'est un départ différé qui tourne au tarif fort tous les soirs, sans que rien ne le signale.

Le contrôle demande deux minutes : les horaires figurent sur la facture d'électricité et dans l'espace client du fournisseur, et le compteur Linky affiche lui-même la période en cours. À refaire une fois par an, et systématiquement après un changement de fournisseur ou d'offre. Trois vérifications suffisent ensuite à fiabiliser le réglage de la machine :

  • Noter l'heure de début de plage en vigueur aujourd'hui, pas celle dont on se souvient.
  • Ajouter un quart d'heure de marge : les horloges d'électroménager dérivent, et un compteur ne bascule pas à la seconde près.
  • Contrôler une fois, le lendemain matin, que le cycle s'est bien déroulé pendant la nuit. Une porte encore tiède à 22 h 30 trahit un différé mal placé.

Le chauffe-eau pèse dix fois plus

Pour qui décale ses usages en espérant voir bouger la facture, la vaisselle n'est pas le bon endroit où regarder. Sur la base d'un écart de 6 centimes par kWh, un lave-linge lancé quatre fois par semaine consomme 150 à 200 kWh par an, ce qui met son décalage à 9 ou 12 € : la même famille de montants que la vaisselle. Un ballon d'eau chaude de famille, lui, absorbe 1 000 à 2 500 kWh selon le nombre de douches, soit 60 à 150 € à déplacer. Une voiture électrique qui fait 12 000 km dans l'année tire 1 800 à 2 400 kWh de la prise domestique, 110 à 145 €. On a changé de catégorie sans changer de geste.

Le ballon concentre à lui seul l'essentiel de l'enjeu, et il pose ses propres questions de réglage : faut-il le couper en journée relève du contacteur jour/nuit, pas du bouton d'une machine.

Le décalage change aussi d'échelle quand c'est le tarif qui bouge. Chez les abonnés Tempo, sur les 22 jours rouges de l'hiver, le kWh en heures pleines dépasse 0,70 € quand celui des heures creuses reste sous 0,18 €. Le même cycle de vaisselle passe de 15 centimes à plus de 65. Le total annuel ne s'envole pas pour autant : ces journées sont rares, et le reste du temps l'écart des jours bleus est plus serré qu'en heures creuses classiques. Ce qui change, c'est le prix d'une erreur. Un différé mal réglé un soir de jour rouge efface ce que neuf soirées correctement programmées avaient mis de côté.

Faire tourner la machine pendant que vous dormez

Reste une objection qu'on lit peu dans les guides d'économies et souvent dans les recommandations des pompiers : un lave-vaisselle qui tourne à 3 h du matin, personne ne le surveille. Les départs de feu d'électroménager restent rares. Mais un incendie détecté au milieu de la nuit ne se traite pas comme un incendie détecté à 20 h, quand la maison est debout. Un appareil récent, branché sur sa propre prise, dans un logement équipé de détecteurs de fumée, fait courir un risque très faible ; un modèle de quinze ans relié à une multiprise sous l'évier, c'est un autre dossier. Le gain annuel, lui, ne bouge pas d'un cas à l'autre.

Un test tranche la question du réglage : relevez l'index heures creuses de votre compteur avant de lancer la machine, puis le lendemain matin. S'il n'a pas progressé d'environ un kilowattheure, votre départ différé tombe à côté de la plage — et vous payez depuis des mois le tarif de 20 h en croyant payer celui de minuit.

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