Énergie·Sobriété

Rideaux thermiques et volets fermés : ce que ça fait vraiment gagner

Fermer les volets la nuit rapporte 2 à 4 % sur la facture de chauffage, soit 35 à 70 € par an. Le rideau thermique ajoute une dizaine d'euros et ne remplacera jamais un double vitrage.

Publié le · par Gaëtan Rebut

Rideaux thermiques et volets fermés : ce que ça fait vraiment gagner
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Fermer ses volets tous les soirs fait gagner 2 à 4 % sur la facture de chauffage : 35 à 70 € par an pour une maison de 100 m² chauffée à l'électricité. C'est gratuit, c'est réel, et c'est environ vingt fois moins que le « jusqu'à 60 % de pertes en moins » imprimé sur les emballages de rideaux thermiques.

Ce 60 % existe pourtant, et il est à peu près juste. Il porte sur les pertes d'une fenêtre, dans le cas le plus favorable. Pas sur la facture. Entre les deux, il y a un rapport qu'aucune étiquette ne mentionne.

Les fenêtres ne pèsent que 10 à 15 % des déperditions

Dans une maison d'avant 1990 jamais rénovée, la chaleur s'échappe à peu près dans ces proportions.

Par où part la chaleurPart des déperditions
Toit et combles25 à 30 %
Murs20 à 25 %
Renouvellement d'air et fuites20 à 25 %
Fenêtres et portes-fenêtres10 à 15 %
Plancher bas7 à 10 %
Ponts thermiques5 à 10 %

Supprimer intégralement les pertes par les vitres — hypothèse absurde, il faudrait murer — ferait baisser la facture de chauffage d'environ 13 %. Tout ce qu'on peut espérer d'un volet et d'un morceau de tissu se joue à l'intérieur de cette part-là. Même arithmétique que pour l'isolation des murs par l'intérieur : le gain final dépend d'abord du poids du poste, pas de la performance affichée du matériau.

Ce que fait vraiment un volet fermé : le calcul

Un volet n'isole pas par son tablier. Il isole par la lame d'air qu'il immobilise entre lui et la vitre, quelques centimètres d'air qui cessent de circuler et donc de transporter la chaleur. Les normes de calcul créditent cette lame d'air de 0,08 à 0,25 m².K/W de résistance thermique supplémentaire : un volet roulant PVC bien ajusté tape dans le haut de la fourchette, une persienne à claire-voie reste en bas.

Double vitrage classique, coefficient U = 2,8 W/m².K. Sa résistance vaut 1 ÷ 2,8 = 0,36 m².K/W. Volet fermé, on ajoute 0,20, ce qui donne 0,56, soit U = 1,8. Les pertes de la fenêtre reculent de 36 % pendant la fermeture. Sur un simple vitrage (U voisin de 4,7), la même lame d'air les fait tomber de près de moitié. Empilez le meilleur volet et un rideau épais sur ce simple vitrage et vous atteignez effectivement les 60 % du marketing.

Reste le facteur temps. Le volet est clos douze à quatorze heures, sur les heures les plus froides, celles qui concentrent un peu plus de la moitié des déperditions d'une journée d'hiver. Moyenné sur la saison, ça fait environ 20 % de pertes en moins par les fenêtres. Appliqué à un poste qui vaut 13 % du total, on retombe sur les quelques pourcents du premier paragraphe.

Le rideau thermique : un cinquième du chemin, la nuit

Un rideau occultant doublé molleton apporte 0,05 à 0,10 m².K/W. Devant un double vitrage, il retire 8 à 14 % des pertes de la fenêtre tant qu'il est tiré. Dans un logement sans volets, c'est la seule barrière disponible et elle vaut son prix. Derrière un volet roulant déjà baissé, elle rapporte une dizaine d'euros par an.

Pour amener un simple vitrage au niveau d'un double vitrage récent, il faudrait ajouter 0,55 m².K/W. Le meilleur rideau du rayon en apporte 0,10, douze heures sur vingt-quatre. Un cinquième du chemin, la moitié du temps. Le mot « thermique » sur l'étiquette ne change rien à ce rapport, et le vendeur qui parle d'« isolation » pour du textile manie le même vocabulaire élastique que les boîtiers économiseurs d'énergie.

Deux erreurs suffisent à annuler le peu qu'il apporte :

  • Un rideau arrêté au ras de l'appui laisse l'air refroidi par la vitre glisser vers le bas et se répandre dans la pièce, remplacé par de l'air tiède aspiré par le haut. Le tissu entretient alors un courant permanent au lieu de le bloquer. Il doit descendre jusqu'au sol et déborder largement de l'encadrement.
  • Un radiateur enfermé derrière le rideau envoie sa chaleur droit contre le carreau et perd 5 à 10 % de son rendement utile. Même effet avec un meuble collé devant ou du linge posé dessus, et la pénalité frappe surtout les appareils qui chauffent l'air plutôt que les parois, comme le détaille la comparaison entre convecteur et radiateur à inertie.

Le tableau geste par geste

Base de calcul : 100 m², chauffage électrique, 8 000 kWh de chauffage annuels, kWh facturé 0,22 € TTC, soit 1 760 € de chauffage sur l'année. Entre 0,20 et 0,27 € le kWh, les pourcentages ne bougent pas, seuls les euros glissent.

GesteGain sur la facture chauffageCoût
Fermer les volets chaque soir2 à 4 % — 35 à 70 €/an0 €
Dégager les radiateurs (rideau, meuble, linge)1 à 3 % — 20 à 50 €/an0 €
Fermer les portes des pièces non chauffées1 à 2 % — 20 à 35 €/an0 €
Bas de porte + joints sur les menuiseries2 à 5 % — 35 à 90 €/an15 à 40 €
Rideaux épais, logement sans volets1 à 2 % — 20 à 35 €/an30 à 80 € la paire
Rideaux épais en plus des volets fermés0,5 à 1 % — 10 à 20 €/an30 à 80 € la paire
Film survitrage sur simple vitrage2 à 4 % — 35 à 70 €/an20 à 40 € (3 à 4 fenêtres)
Remplacer le simple vitrage par du double5 à 10 % — 90 à 175 €/an400 à 800 € par fenêtre

La dernière ligne est la seule qui déplace vraiment l'aiguille, et c'est celle qui ne se rembourse pas : six fenêtres à 600 € font 3 600 € pour 130 € économisés par an, soit vingt-huit ans. On remplace ses fenêtres pour le confort, le bruit de la rue et la buée du matin ; l'économie arrive en supplément. À l'autre bout de l'échelle, baisser le thermostat d'un degré rapporte à lui seul autant que les trois gestes gratuits du tableau réunis, et un thermostat connecté ne fait qu'automatiser ce réglage.

Calfeutrer, oui. Boucher, jamais.

Un boudin sous la porte du garage, un joint mousse sur la fenêtre qui siffle : une vingtaine d'euros et une soirée de bricolage pour l'un des meilleurs rapports gain-prix de la liste. Le film survitrage relève de la même catégorie, avec deux réserves qu'on oublie de mentionner en rayon : il n'a d'intérêt que sur du simple vitrage, et le modèle tendu au sèche-cheveux condamne l'ouverture de la fenêtre jusqu'au printemps.

Le renouvellement d'air pèse aussi lourd que les murs, mais tout n'y est pas du gaspillage. Les grilles au-dessus des fenêtres, les bouches de VMC de la cuisine et de la salle de bains, l'amenée d'air basse d'une pièce où tourne un appareil à gaz : rien de tout cela ne se scotche, même une nuit de gel. Un logement calfeutré sans ventilation, c'est de la condensation sur les murs froids en quinze jours et des moisissures avant la fin de l'hiver. Avec une chaudière, un poêle ou un chauffe-eau à combustion dans le logement, c'est en plus un risque d'intoxication au monoxyde de carbone, et ça envoie des gens à l'hôpital chaque hiver.

Un test pour savoir si vos rideaux servent à quelque chose : un soir de gel, glissez la main entre le tissu et la vitre. S'il y fait franchement froid, la barrière tient. S'il y fait tiède, l'air passe par-dessus ou par-dessous, et vous chauffez le carreau.

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