Énergie·Sobriété

Ouvrir la porte du lave-vaisselle en fin de cycle : ce que ça économise vraiment

Le geste figure dans toutes les listes d'éco-gestes : entrouvrir la porte en fin de cycle pour couper le séchage. Encore faut-il que votre machine ait quelque chose à couper, ce qui ne concerne qu'une minorité d'entre elles.

Publié le · par Gaëtan Rebut

Ouvrir la porte du lave-vaisselle en fin de cycle : ce que ça économise vraiment
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Entrouvrez la porte cinq minutes avant la fin, vous couperez le séchage. Le conseil circule dans toutes les listes d'éco-gestes, l'Ademe comprise. Il est gratuit, donc irrésistible. Il repose aussi sur une hypothèse que personne ne vérifie : que votre lave-vaisselle chauffe pour sécher.

Sur la majorité des machines vendues en France, il ne chauffe pas. La phase qui suit le dernier rinçage ne consomme rien du tout. Vous pouvez ouvrir la porte, la laisser fermée, la regarder fixement : la facture ne bouge pas d'un centime.

Reste à savoir dans quel camp se trouve la vôtre. La réponse demande cinq minutes et aucun outil, sauf pour les sceptiques.

Sur une machine à condensation, la phase de séchage ne consomme rien

Le principe est mécanique. Le dernier rinçage arrive chaud, autour de 50 °C sur un programme éco et jusqu'à 65 ou 70 °C sur un cycle intensif. La vaisselle emmagasine cette chaleur, l'eau qui reste dessus s'évapore, la vapeur va se condenser sur les parois en inox de la cuve, plus froides parce qu'elles touchent l'air de la cuisine. Les gouttes redescendent dans le fond et repartent au vidage.

Aucune résistance ne tourne pendant ce temps. L'énergie du séchage a été dépensée avant, pendant le rinçage, et elle l'aurait été de toute façon : cette eau chaude sert d'abord à rincer. Quand l'écran affiche « séchage », la machine attend.

Ce détail explique un dispositif que beaucoup possèdent sans savoir à quoi il sert. Sur les modèles récents de plusieurs marques, la porte s'entrouvre seule de quelques centimètres à la fin du programme, chaque fabricant lui ayant donné son nom commercial. Le constructeur a industrialisé l'astuce du forum. Il ne l'a pas fait pour votre facture : il l'a fait parce que ses machines sortaient des verres mouillés.

Trois façons de sécher une assiette, une seule qui coûte

La condensation passive, de très loin la plus répandue

Cuve inox, chaleur résiduelle, aucun composant électrique dédié. Ouvrir la porte accélère l'évaporation et rien d'autre : la consommation du cycle est rigoureusement la même que si vous étiez parti vous coucher. C'est le cas de l'immense majorité du parc européen.

La ventilation chauffée, souvent cachée derrière une option

Une résistance et un ventilateur poussent de l'air chaud dans la cuve. La phase représente de l'ordre de 0,1 à 0,3 kWh, soit deux à six centimes à 0,20 €/kWh. Sur 250 cycles annuels, l'option la plus gourmande pèse une quinzaine d'euros. Là, couper avant la fin retire une dépense réelle.

La zéolithe, sur quelques modèles haut de gamme

Un minéral capte l'humidité et restitue de la chaleur en le faisant. La résistance qui le régénère ne tourne pas au moment où vous ouvririez la porte, si bien que le geste dégrade le séchage sans rien récupérer. Les fabricants concernés, tous du groupe BSH, le déconseillent.

Le piège est ailleurs. Sur une machine à condensation, la case « séchage plus » ou « extra sec » n'allume aucun ventilateur : elle monte la température du rinçage final de quelques degrés et rallonge le cycle. La dépense a donc lieu au milieu du programme. Ouvrir la porte après coup ne récupère rien ; décocher l'option, si.

Cinq minutes pour savoir laquelle vous avez

  • La porte s'entrouvre toute seule à la fin. Condensation passive, sans hésitation possible. Le geste manuel n'a plus d'objet.
  • Écoutez la dernière demi-heure. Un ventilateur de séchage s'entend, même sur une machine silencieuse. Silence total pendant que l'écran décompte : rien ne tourne.
  • Ouvrez et touchez. Parois couvertes de gouttes, air tiède et saturé : condensation. Air franchement chaud et sec qui sort par la fente pendant le cycle : séchage actif.
  • Trois mots dans la notice. « Condensation naturelle » d'un côté ; « turbo », « ventilé » ou « zéolithe » de l'autre. La fiche produit du fabricant les reprend.
  • Le wattmètre, pour trancher. Une prise mesureuse à une dizaine d'euros, glissée entre la machine et le mur, affiche la puissance en direct. Deux ou trois watts de veille pendant les vingt dernières minutes, il n'y a rien à couper.

L'étiquette énergie ne vous dira rien là-dessus. Depuis 2021 elle affiche une consommation en kilowattheures pour 100 cycles sur le programme éco, séchage compris, sans distinguer d'où viennent ces kilowattheures. Une classe A tourne autour de 60 kWh pour 100 cycles, soit 0,6 kWh par lavage ; une classe E dépasse 90. Le chiffre sert à comparer deux modèles en magasin. Rien de plus.

L'éco sèche mal, et ce n'est pas un défaut

Le programme éco lave à plus basse température et rince plus froid. Moins de chaleur stockée dans la vaisselle, donc moins d'évaporation, donc des assiettes encore humides quand la machine bipe. Beaucoup en concluent que l'éco « ne lave pas bien » alors qu'ils observent seulement qu'il sèche moins. Le détail des durées et des consommations est dans notre article sur la consommation réelle du programme éco.

Sur ce programme-là, entrouvrir la porte a un vrai intérêt : vingt minutes d'air libre terminent le travail que la chaleur résiduelle n'a pas pu faire. Vous ne gagnez toujours pas un centime. Vous rangez de la vaisselle sèche au lieu de sortir le torchon.

Les traces sur le plastique ne viennent pas de la porte fermée

Un couvercle en plastique sort mouillé quand tout le reste est sec, et personne n'y échappe. La faute à l'inertie : une assiette en faïence stocke assez de chaleur pour évaporer sa propre pellicule d'eau, une boîte en polypropylène refroidit en trente secondes. Les gouttes restent, s'évaporent lentement, abandonnent sur place les minéraux qu'elles transportaient. Les cernes blancs que vous voyez, c'est votre eau, pas de la saleté.

Ouvrir la porte accélère l'évaporation et limite le dépôt. Le levier sérieux se trouve ailleurs : le liquide de rinçage casse la tension superficielle, l'eau s'étale en film et s'écoule au lieu de perler puis de sécher sur place. Un réservoir vide ou un dosage réglé au minimum produit très exactement les traces qu'on reproche au séchage. Que Choisir note d'ailleurs le séchage séparément du lavage : deux machines qui consomment pareil peuvent rendre des verres très différents. Réglages, sel régénérant et intérêt réel des tablettes tout-en-un, c'est dans ce comparatif des consommables.

Ce que vous relâchez dans la cuisine en ouvrant

Une machine récente consomme une dizaine de litres par cycle. L'essentiel repart à l'égout. Reste quelques centaines de grammes sur la vaisselle et les parois, ordre de grandeur assumé. Porte fermée, cette eau met des heures à s'échapper par les joints. Porte ouverte, elle part dans la pièce en vingt minutes.

Dans une cuisine ouverte de 30 m² avec une VMC qui fonctionne, personne ne le remarque. Dans une cuisine fermée de 8 m² en hiver, cela suffit à embuer la fenêtre et à nourrir la moisissure des joints. Un logement qui a déjà un problème d'humidité n'a pas besoin d'une source de plus à 22 h.

La chaleur, elle, sortira dans tous les cas : la vaisselle chaude qui redescend à température ambiante restitue de l'ordre d'une centaine de wattheures à la pièce, porte ouverte comme porte fermée. Vous choisissez la vitesse, pas la quantité. Bienvenue en février, beaucoup moins en août.

Un dernier point, que les notices d'encastrement n'oublient pas. Rabattre complètement la porte envoie la vapeur droit sur le chant du plan de travail. Un adhésif de protection est livré à coller dessous, pour ça exactement. Un chant de mélaminé qui prend de la vapeur deux fois par jour finit par gonfler, et cela ne se répare pas. Quelques centimètres d'ouverture suffisent largement.

Le même réflexe, appliqué au sèche-linge, rapporte vraiment

L'intuition « laisser sécher à l'air plutôt que faire chauffer une machine » n'est pas fausse. Elle est appliquée au mauvais appareil. Un cycle de sèche-linge à pompe à chaleur consomme 1,5 à 2 kWh, un modèle à condensation classique 3 à 4 : entre 30 et 80 centimes à chaque tambour. Étendre son linge économise cela, réellement, tous les jours. Le lave-vaisselle, dans le meilleur des cas, en rend six. Le calcul complet, surcoût d'achat compris, tient dans notre comparatif des sèche-linge à pompe à chaleur.

Si le conseil du lave-vaisselle a survécu si longtemps, c'est parce qu'il ne coûte rien et que personne ne mesure un geste gratuit. Le même angle mort fait vivre les boîtiers économiseurs d'énergie, sauf que ceux-là se paient 40 € et ne servent à rien non plus. Une erreur gratuite, rien ne la signale ; elle se transmet.

Le soir où vous voudrez vraiment faire baisser la ligne du lave-vaisselle, laissez la porte tranquille : ouvrez le menu des options et cherchez « séchage plus », « extra sec » ou « turbo ». Décochez. C'est la seule case de cette machine qui vous prend de l'argent tous les soirs.

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