Énergie·Sobriété

Ce n'est pas la télé qui coûte cher dans votre salon, c'est le décodeur

Un écran de 55 pouces allumé quatre heures par jour revient à une trentaine d'euros d'électricité sur l'année. Le décodeur qui reste branché en dessous, jamais éteint, atteint exactement le même montant.

Publié le · par Gaëtan Rebut

Ce n'est pas la télé qui coûte cher dans votre salon, c'est le décodeur
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Le boîtier posé sous la télé, celui d'où part le câble HDMI, celui que personne ne regarde jamais : il coûte à peu près le même prix à l'année que le téléviseur de 55 pouces au-dessus de lui. Une vingtaine d'euros chacun, à 0,20 € le kilowattheure.

L'arithmétique est bête. Un écran LED récent de 55 pouces tire de l'ordre de 90 W en image animée : allumé quatre heures par jour, il avale 360 Wh. Un décodeur TV branché en continu tire 15 W ; sur vingt-quatre heures, il avale 360 Wh également. La même quantité, obtenue par la puissance d'un côté et par la durée de l'autre.

Ce que consomme vraiment un écran de 55 pouces

La fourchette réaliste pour un téléviseur LED 4K de 55 pouces va de 60 à 120 W. L'écart tient au réglage bien plus qu'au modèle : le même appareil passe du simple au double selon la luminosité et le mode d'image retenus.

Le temps passé devant la télévision tourne autour de trois heures par jour et par personne en France, et un poste de salon reste allumé plus longtemps que ça puisqu'il sert à plusieurs. Sur une hypothèse de quatre heures quotidiennes, le compteur enregistre 88 à 175 kWh dans l'année, soit 18 à 35 €. C'est plus bas que ce qu'on imagine. Sur une facture annuelle de 1 200 €, la télévision pèse 2 à 3 %.

L'étiquette énergie du carton donne une consommation en kWh pour 1 000 heures, avec deux valeurs depuis 2021 : une en SDR, une en HDR. Regardez la seconde. Sur les grandes diagonales elle dépasse souvent la première de moitié, et c'est en HDR que sont diffusés les films des plateformes de streaming.

Le décodeur, 8 760 heures par an

Un décodeur d'opérateur — le boîtier 4K qui gère les chaînes, le replay et les enregistrements — consomme entre 10 et 20 W. En continu. Personne ne le débranche parce que personne n'y pense : pas d'écran, pas de bruit, et une diode qui passe du rouge au bleu sans changer grand-chose à ce qu'il tire. Les équipements de télévision et d'accès à internet figurent parmi les premiers postes de veille d'un logement.

Sa « veille » n'en est souvent pas une. Sur beaucoup de modèles, le bouton d'arrêt de la télécommande fait tomber l'appareil de 16 à 12 W : la sortie vidéo s'éteint, le reste continue de tourner, liaison avec l'opérateur comprise. Une vraie veille profonde, sous 1 W, existe sur certains décodeurs — enterrée dans un sous-menu, désactivée d'usine, et payée d'une à deux minutes de redémarrage au rallumage. Ce délai suffit à expliquer pourquoi elle n'est jamais proposée par défaut.

Les règles européennes d'écoconception plafonnent bien la veille des appareils domestiques, mais ménagent des dérogations larges pour les fonctions réseau : un boîtier qui maintient sa connexion à l'opérateur, son disque dur et sa programmation d'enregistrements n'entre pas dans le cas simple. Il atteint sur l'année la même fourchette que l'écran, l'ordre de grandeur d'un réfrigérateur, pour un appareil dont on se sert quelques heures par jour.

Le salon appareil par appareil, veilles comprises

Le décodeur n'est pas seul à tourner la nuit. Ce que pèsent sur douze mois, à 0,20 € le kWh, les habitants classiques d'un meuble télé, en puissances médianes :

AppareilPuissanceHeures par ankWh/anCoût annuel
TV LED 55 pouces allumée90 W1 460 h13126 €
Ce même téléviseur en veille0,5 W7 300 h3,70,73 €
Décodeur TV jamais débranché15 W8 760 h13126 €
Console en « démarrage rapide »10 W8 760 h8818 €
Barre de son en veille3 W8 760 h265 €

Le meuble complet approche 75 € par an, dont une cinquantaine pour des appareils que vous ne regardez pas. Le mode « démarrage rapide » des consoles mérite au passage un détour dans les réglages : une dizaine de watts en permanence pour gagner vingt secondes au lancement d'un jeu. Une conversion suffit à relire ce tableau, et n'importe quelle étiquette de puissance : un watt branché en continu coûte 1,75 € sur douze mois.

Une ligne de ce tableau ne mérite pourtant aucun effort. La réglementation européenne a plafonné la veille des téléviseurs sous 0,5 W et les mesures le confirment : sur vingt heures d'extinction par jour, l'écran au repos revient à 73 centimes dans l'année. Tirer le meuble chaque soir, se contorsionner derrière, tout remettre en place : moins qu'une baguette de pain sur douze mois. Le détail des veilles du logement raconte la même histoire pièce par pièce : les postes qui comptent sont peu nombreux, et rarement ceux qu'on s'acharne à débrancher.

Même sort pour les boîtiers vendus en ligne sous l'étiquette « économiseur d'énergie », à brancher sur une prise pour « stabiliser le courant » et faire baisser la facture de 30 %. Ils ne stabilisent rien. Le démontage de la promesse est rapide : votre compteur mesure l'énergie active, celle que les appareils consomment vraiment, et aucun boîtier passif ne la fait descendre.

Le mode magasin que personne n'a désactivé

Sortie du carton, une télévision est réglée pour se vendre : luminosité au maximum, contraste dynamique, couleurs saturées. Le mode s'appelle « Vif », « Dynamique » ou « Standard » selon les marques.

Basculer en mode « Cinéma », « Film » ou « Filmmaker » fait descendre la consommation de 20 à 40 % sur une grande diagonale. L'image paraît terne dix minutes, le temps que l'œil se réhabitue ; elle est en réalité plus proche de l'étalonnage voulu par le réalisateur. Deux minutes de menu, 5 à 10 € par an sur un 55 pouces.

  • Mode d'image : quitter « Vif » ou « Dynamique » pour « Cinéma » ou « Filmmaker ».
  • Rétroéclairage : le curseur qui commande réellement la consommation, à baisser d'un tiers. Le contraste ne change presque rien au compteur.
  • Capteur de luminosité ambiante : à activer s'il existe, il abaisse le rétroéclairage le soir.
  • Mode « Démo » ou « Magasin » : à vérifier sur un appareil d'exposition, il pousse tout au maximum en permanence.

Méfiez-vous en revanche des mises en veille automatiques les plus zélées, qui éteignent l'écran après quelques heures sans action sur la télécommande. Utile en général. Agaçant devant un long match.

OLED, LED, QLED : ce que la dalle change sur la facture

Un OLED éclaire chaque pixel séparément : une scène sombre lui coûte presque rien, une image blanche plein écran le fait grimper. Un LCD à rétroéclairage LED garde sa lampe allumée quoi qu'il affiche, ce qui rend sa consommation stable et dépendante du seul réglage de luminosité. Le QLED est un LCD avec un filtre à points quantiques : le préfixe est commercial, il ne dit rien de la consommation.

Sur du contenu varié et à taille égale, l'écart entre les trois technologies tourne autour de 20 à 30 W, soit 8 € par an. Personne n'arbitre un achat à 900 € pour ça.

La diagonale, en revanche, compte pour de bon. Passer de 55 à 65 pouces augmente la surface éclairée de 40 %, et la consommation suit à peu près la même pente ; un 75 pouces avale grosso modo le double d'un 55. Si l'électricité entre dans votre décision d'achat, la taille de l'écran est le seul paramètre qui la déplace.

Couper le décodeur, pas la box internet

Le geste qui rapporte est précis, et il se trompe souvent de boîtier. Box et décodeur sont posés côte à côte, se ressemblent, et ne rendent pas les mêmes services. La box porte le wifi, la ligne fixe, parfois une alarme ou un thermostat connecté : l'éteindre la nuit relève d'un calcul autrement plus discutable. Le décodeur, lui, ne sert qu'à afficher la télévision. C'est celui d'où part le câble HDMI.

Coupé douze heures par nuit, il tombe de 26 à 13 € par an. Reste à le faire sans ramper derrière le meuble : une multiprise à interrupteur règle la question pour une dizaine d'euros, à condition de n'y brancher que ce qui doit être coupé. L'erreur classique consiste à y raccorder la box, puis à renoncer au bout d'une semaine parce qu'éteindre la télé coupe le wifi.

Deux réserves avant d'en faire une habitude. Un décodeur éteint n'enregistre pas l'émission programmée. Certains modèles téléchargent aussi leurs mises à jour la nuit : coupés tous les soirs, ils les rattrapent au rallumage, quelques minutes d'écran noir à la clé. Quant à débrancher uniquement pendant les vacances, la déception sera nette : trois semaines sans décodeur, ça fait 1,50 €.

Ce soir, posez la main sur le boîtier avant d'aller vous coucher. S'il est tiède, il tourne.

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