Énergie·Sobriété
Chauffage d'appoint : ce que coûte vraiment chaque heure
Un soufflant de 2 000 W coûte 0,50 € l'heure, et un bain d'huile de même puissance exactement pareil. Le pétrole et le butane, eux, facturent bien plus cher que leur kWh affiché.
Publié le · par Gaëtan Rebut
Dans cet article
Un radiateur soufflant de 2 000 W coûte 0,50 € de l'heure, et le calcul tient en une ligne : 2 kW × 0,25 € le kWh. Ni la marque, ni le prix d'achat, ni le dessin de la grille frontale n'entrent dans cette multiplication.
Reprenez-la avec votre propre tarif : la puissance affichée sur l'étiquette, divisée par 1 000, multipliée par le prix du kWh de votre contrat — entre 0,20 et 0,27 € TTC en 2026 selon l'option tarifaire et le fournisseur. Un appareil de 1 500 W revient à 0,38 € l'heure, soit 45 € si vous le faites tourner quatre heures par jour pendant un mois.
Deux appareils de 2 000 W vous coûtent exactement la même chose
Le rayon chauffage d'appoint vit sur un malentendu entretenu depuis des années : le bain d'huile « consommerait moins » que le soufflant. C'est faux. À puissance égale et à durée de fonctionnement égale, la facture est identique, parce qu'un watt d'électricité donne un watt de chaleur, dans un convecteur comme dans un panneau rayonnant. Seule la répartition de cette chaleur change. Le soufflant crache de l'air chaud en trente secondes et brasse la poussière ; le bain d'huile met un quart d'heure à monter puis restitue longtemps après l'arrêt ; le rayonnant chauffe les surfaces et les corps plutôt que le volume d'air.
La même arithmétique vaut pour le chauffage principal, où circule exactement le même malentendu : on a détaillé ce que consomment vraiment un radiateur à inertie et un convecteur.
| Appareil d'appoint | Puissance | Coût par heure à plein régime | 4 h/jour pendant 30 jours |
|---|---|---|---|
| Soufflant de salle de bains | 2 000 W | 0,50 € | 60 € |
| Radiateur à bain d'huile | 2 000 W | 0,50 € | 60 € |
| Convecteur mobile | 1 500 W | 0,38 € | 45 € |
| Panneau rayonnant | 1 000 W | 0,25 € | 30 € |
| Poêle à pétrole (0,30 L/h) | 3 000 W | 0,55 à 0,70 € | 66 à 84 € |
| Chauffage butane, position haute (0,33 kg/h) | 4 200 W | 0,90 à 1,15 € | 108 à 138 € |
Base de calcul : 0,25 € le kWh d'électricité. Le pétrole et le butane sont chiffrés à partir des prix du second tableau.
Alors pourquoi le bain d'huile finit-il souvent moins cher sur le relevé ?
Parce qu'il ne tourne pas en permanence. Une fois la pièce à température, son thermostat le coupe et il redémarre par cycles : sur une soirée entière, il fonctionne en réalité 40 à 60 % du temps dans une pièce correctement isolée. Le soufflant, lui, est presque toujours poussé à fond, sur des sessions courtes, dans une pièce froide qu'on veut réchauffer en cinq minutes. L'écart se joue donc sur le temps de marche cumulé. Un appareil dépourvu de thermostat, ou doté d'un thermostat imprécis, vous coûtera davantage que n'importe quelle différence de conception entre deux modèles.
D'où un réflexe rentable : un appoint piloté par une horloge ou par une sonde correcte revient moins cher qu'un appoint plus puissant qu'on laisse vivre sa vie. Le mécanisme est le même que celui décrit dans notre article sur l'économie réelle d'un thermostat connecté.
Pétrole et butane : moins chers au kWh, plus chers à l'heure
C'est ici que les comparaisons de comptoir dérapent. Le pétrole désaromatisé et le butane reviennent effectivement un peu moins cher que l'électricité par kilowattheure de chaleur, de 10 à 25 % selon les cours du moment et l'enseigne où vous achetez.
| Énergie | Prix courant constaté | Contenu énergétique | Prix du kWh de chaleur |
|---|---|---|---|
| Électricité (tarif réglementé, option base) | 0,20 à 0,27 € le kWh | — | 0,20 à 0,27 € |
| Pétrole désaromatisé | 35 à 45 € le bidon de 20 L | ≈ 10 kWh par litre | 0,18 à 0,23 € |
| Butane | 35 à 45 € la recharge de 13 kg, hors consigne | ≈ 12,7 kWh par kg | 0,21 à 0,27 € |
Le rabais fond dès qu'on regarde l'heure de chauffe. Ces appareils ne se dosent pas comme un radiateur électrique : un poêle à pétrole tourne à 3 kW, un chauffage à bouteille monte à 4,2 kW en position haute. Ils sont conçus pour réchauffer vite un gros volume, si bien qu'une heure de fonctionnement coûte plus qu'une heure de panneau rayonnant malgré un combustible moins cher. Une bouteille de 13 kg part en une quarantaine d'heures à plein régime : trois ou quatre soirées de janvier.
L'humidité et le monoxyde ne figurent sur aucune étiquette
Brûler du pétrole ou du gaz dans une pièce sans conduit d'évacuation revient à y déverser tout ce que produit la combustion. Un litre de pétrole libère à peu près un litre d'eau sous forme de vapeur ; une soirée de quatre heures dépose donc plus d'un litre d'humidité dans le salon. Les fenêtres ruissellent au matin, les angles de murs noircissent en quelques semaines, et l'air chargé d'eau demande davantage d'énergie pour être réchauffé — l'appareil se pénalise lui-même.
Le reste est plus grave. Une combustion mal réglée, une mèche encrassée ou une pièce insuffisamment ventilée produisent du monoxyde de carbone : inodore, incolore, sans goût, il envoie chaque hiver plusieurs milliers de personnes aux urgences en France et en tue environ une centaine. Les règlements sanitaires départementaux réservent d'ailleurs ces appareils mobiles à un usage d'appoint intermittent, jamais au chauffage permanent d'un logement.
Si vous utilisez un poêle à pétrole ou un chauffage à bouteille : jamais dans une chambre, jamais pendant le sommeil, jamais dans une salle de bains ni dans une petite pièce fermée. Une entrée d'air doit rester ouverte pendant tout le fonctionnement, grilles d'aération dégagées, et l'appareil ne devrait pas tourner plus de deux heures d'affilée. Un détecteur de monoxyde de carbone conforme à la norme EN 50291 fait partie du matériel obligatoire, pas des options.
Quand l'appoint est le bon calcul, et quand il vide le compte
Un quart d'heure de soufflant dans la salle de bains le matin coûte 13 centimes. Monter d'un cran le chauffage de tout le logement pour rendre cette seule pièce supportable revient beaucoup plus cher, puisque chaque degré pèse environ 7 % de la consommation de chauffage. Même logique pour un bureau occupé deux heures en fin de journée ou une chambre d'amis utilisée trois week-ends par an : chauffer ponctuellement 12 m² au lieu de 90 est arithmétiquement imbattable.
Le calcul s'inverse dès qu'on demande à l'appoint de remplacer l'installation principale. Maintenir 60 m² mal isolés réclame 4 à 5 kW en marche quasi continue : plus d'un euro par heure de chauffe, de l'ordre de 300 à 400 € sur un mois de janvier si l'on chauffe une dizaine d'heures par jour, pour un confort médiocre et un disjoncteur qui saute dès qu'on lance le four. C'est le scénario de la chaudière en panne qu'on ne fait pas réparer tout de suite, et il finit régulièrement par coûter plus que la réparation elle-même. Une installation qui restitue plus d'énergie qu'elle n'en consomme, principe expliqué dans notre analyse de la consommation d'une pompe à chaleur en hiver, chauffe le même volume pour deux à trois fois moins.
Avant d'ajouter un appareil, il reste moins cher de s'attaquer aux fuites de la pièce elle-même : des rideaux épais et des volets fermés la nuit font tomber la sensation de paroi froide pour quelques dizaines d'euros, une fois pour toutes, sans consommer un watt.
Le soufflant qu'on oublie allumé dans la salle de bains en partant travailler brûle 4,50 € dans la journée, pour chauffer une pièce vide. Une minuterie mécanique à moins de 10 €, branchée entre la prise et l'appareil, règle ce genre d'oubli mieux que n'importe quelle mention « éco » imprimée sur le carton.
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