Énergie·Sobriété

Douche ou bain : le vrai calcul, eau et électricité comprises

Un bain revient à près de 1,70 € en eau et en électricité. Une douche de cinq minutes, entre 0,35 et 1,85 € selon le pommeau : le débit compte autant que la durée.

Publié le · par Gaëtan Rebut

Douche ou bain : le vrai calcul, eau et électricité comprises
Dans cet article

Un bain rempli normalement, c'est environ 1,70 € : 65 centimes d'eau au compteur, un peu plus d'un euro d'électricité pour la chauffer. Une douche de cinq minutes sous un pommeau économe revient à 35 centimes, cinq fois moins. Sauf que dix minutes sous un vieux pommeau à gros débit reviennent plus cher que le bain.

Trois hypothèses, à remplacer par les vôtres pour refaire le calcul : eau à 4,30 € le mètre cube (moyenne française, assainissement et taxes compris ; la fourchette réelle va de 3,50 à 5 € selon la commune), électricité à 0,25 €/kWh (0,20 à 0,27 selon l'option tarifaire), eau froide entrant à 15 °C et sortant du mitigeur à 40 °C.

L'eau chaude se paie deux fois

Une douche apparaît à deux endroits sur vos factures. Le compteur d'eau enregistre les litres. Le compteur électrique enregistre l'énergie dépensée pour les faire passer de 15 à 40 °C. C'est cette seconde ligne qui pèse le plus lourd : environ deux tiers du coût. Les campagnes qui vous demandent d'économiser l'eau oublient régulièrement de le préciser.

La formule tient en une ligne et se refait de tête : il faut 1,163 Wh pour élever un litre d'eau d'un degré. Vingt-cinq degrés d'écart, cela fait 29 Wh par litre, soit 0,029 kWh. Chaque litre de douche coûte donc 0,43 centime d'eau et 0,73 centime d'électricité. Multipliez par le nombre de litres qui vous sont passés dessus.

L'eau chaude sanitaire est le deuxième poste énergétique d'un logement, derrière le chauffage : de 10 à 15 % de la consommation d'un foyer, davantage dans un logement récent bien isolé où la part du chauffage a fondu. On ne la surveille jamais parce qu'elle n'a pas de thermostat au mur. C'est la même mécanique qui explique l'écart entre un lave-linge à 30 et à 60 °C : chauffer l'eau coûte cher partout où il faut la chauffer.

Le prix d'un passage sous l'eau, ligne par ligne

UsageLitresCoût de l'eauChauffeTotal
Douche 5 min, pommeau économe (6 L/min)30 L0,13 €0,9 kWh — 0,22 €0,35 €
Douche 5 min, pommeau courant (10 L/min)50 L0,22 €1,5 kWh — 0,36 €0,58 €
Douche 10 min, pommeau courant (10 L/min)100 L0,43 €2,9 kWh — 0,73 €1,16 €
Bain, baignoire remplie normalement150 L0,65 €4,4 kWh — 1,09 €1,73 €
Douche 10 min, ancien pommeau (16 L/min)160 L0,69 €4,6 kWh — 1,16 €1,85 €

Les deux dernières lignes sont le sujet de cet article. Une douche peut coûter plus cher qu'un bain, et le cas n'a rien d'extrême : les pommeaux « pluie » de grande taille et les colonnes de douche vendues ces dix dernières années dépassent couramment 15 litres par minute.

Ramené à l'année : quatre personnes, une douche courte par jour chacune, un pommeau ordinaire, et le foyer dépense de l'ordre de 850 € par an en douches, eau et chauffe additionnées. Une minute de douche en moins, ce sont 10 litres et 0,29 kWh, soit 12 centimes ; répétés chaque jour, 42 € par personne et par an.

Votre bain vaut combien de minutes de douche ?

La question n'a pas de réponse unique, et c'est bien le problème : tout dépend du pommeau. Pour une baignoire de 150 litres, le seuil de bascule se déplace du simple au triple.

Débit du pommeauUn bain de 150 L équivaut à
6 L/min — pommeau économe25 minutes de douche
10 L/min — pommeau courant15 minutes
12 L/min — colonne de douche12 minutes 30
16 L/min — ancien modèle ou pluie XXL9 minutes

Vous ignorez votre débit, et presque tout le monde l'ignore. La mesure prend un quart de minute : un récipient dont vous connaissez la contenance sous la douche ouverte comme d'habitude, quinze secondes au chronomètre, résultat multiplié par quatre. Cinq litres en quinze secondes, ce sont 20 L/min — à ce régime, dix minutes sous la douche dépassent 2,30 €, un tiers de plus qu'un bain.

Le pommeau économe, à peu près le seul achat rentable ici

Passer de 12 à 6 litres par minute divise par deux la facture de la douche, sans rien changer à la durée ou à la température. Un modèle correct se trouve pour une vingtaine d'euros, se visse en trente secondes sur le flexible existant et ne demande aucun outil. Pour un couple qui se douche cinq minutes par jour, l'achat est remboursé en un mois environ. Aucun autre accessoire de salle de bains ne tient ce résultat.

Deux réserves, tout de même. Ces pommeaux compensent le débit réduit en injectant de l'air dans le jet : l'eau paraît moins chaude sur la peau, et beaucoup de gens montent alors le mitigeur de deux ou trois degrés, ce qui reprend une partie du gain. Sur une installation à faible pression — dernier étage d'immeuble ancien, ballon placé en hauteur — le jet devient franchement décevant. Les buses fines s'entartrent aussi plus vite : en eau dure, comptez un détartrage tous les deux ou trois mois, une ligne de plus à ajouter à la facture réelle du calcaire.

Ce qui ne vaut pas le coup, en revanche : les « économiseurs d'eau universels » vendus 40 à 60 € avec une promesse de 70 % d'économie. Ce sont des limiteurs de débit, exactement ce que fait un pommeau à 20 €, et l'argumentaire relève de la même famille commerciale que les boîtiers économiseurs d'électricité. Le récupérateur de chaleur sur eaux grises, lui, fonctionne vraiment : posé sur la descente d'évacuation, il préchauffe l'eau froide avec la chaleur de celle qui part à l'égout et récupère 15 à 25 % de l'énergie de la douche. Mais il coûte 800 à 1 500 € posé, exige une colonne verticale accessible, et pour un foyer de quatre l'amortissement tourne autour de dix ans. À réserver à une construction neuve ou à une salle de bains déjà éventrée.

Le thermostat du ballon : 55 °C, pas moins

Baisser le thermostat du chauffe-eau ne réduit pas l'énergie de votre douche. La plupart des listes de conseils ratent ce point : vos 50 litres à 40 °C réclament la même quantité de chaleur que le ballon soit à 55 ou à 65 °C, le mitigeur ajoutant simplement plus d'eau froide dans le second cas.

Ce qui change, ce sont les pertes de maintien en température. Un ballon de 200 litres perd 1 à 1,5 kWh par jour rien qu'à rester chaud, soit 90 à 140 € par an avant même la première douche. Ces pertes suivent l'écart entre la cuve et la pièce : descendre de 65 à 55 °C en supprime environ un cinquième, une vingtaine d'euros par an. Gratuit, mais modeste — et le réglage a une limite basse non négociable.

En dessous de 50 °C, la légionelle prolifère dans l'eau stagnante du ballon. La réglementation française impose une eau stockée à 55 °C au minimum en sortie de production, et plafonne à 50 °C ce qui sort du robinet d'une salle de bains pour éviter les brûlures. 55 à 60 °C dans la cuve, un mitigeur thermostatique en sortie : c'est le seul réglage défendable. Méfiance aussi avec un ballon sous-dimensionné — réglé trop bas, il tombe en panne d'eau chaude et se remet en chauffe en heures pleines, ce qui annule le gain du réglage.

Quant à couper le ballon la nuit ou pendant un week-end d'absence, le calcul complet est dans notre article sur le chauffe-eau et les heures creuses. Sous trois jours d'absence, vous économisez le maintien en température et vous en repayez l'essentiel à la remise en chauffe.

Un dernier réflexe, au rayon salle de bains. Un pommeau vendu « éco » sans débit annoncé en litres par minute vous demande de croire un adjectif imprimé sur un carton. Le chiffre doit figurer sur l'emballage ou la fiche produit. Quand il n'y est pas, c'est qu'il n'a rien de flatteur à raconter.

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