Énergie·Recharge véhicule électrique

Temps de charge réel : le calcul que personne ne fait avant d'acheter

Le « 0-80 % en 25 minutes » du catalogue ne dit rien de vos nuits. La division qui donne votre vrai temps de charge, et le plafond que les vendeurs oublient : le chargeur embarqué.

Publié le · par Gaëtan Rebut

Temps de charge réel : le calcul que personne ne fait avant d'acheter
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Sur le bon de commande, une ligne était surlignée : « 0-80 % en 25 minutes ». Six semaines plus tard, le même acheteur branche sa voiture dans son garage à 22 h 30, la débranche à 6 h 45, et il manque encore 20 % de batterie. Rien n'est cassé. Les 25 minutes ne parlaient simplement pas de la charge qu'il fait tous les jours.

Une division, et deux correctifs que le catalogue oublie

Le calcul de base tient en une ligne : les kWh à remettre dans la batterie, divisés par la puissance réellement délivrée en kW, donnent des heures. Vous voulez reprendre 50 kWh sur une installation qui débite 7,4 kW ? 6 h 45.

Premier correctif : une partie de l'énergie tirée au compteur n'arrive jamais dans les cellules. Elle chauffe le chargeur embarqué, le câble, l'électronique de gestion thermique. En charge lente à domicile, comptez 8 à 15 % de pertes, davantage quand il gèle. Les 6 h 45 deviennent 7 h 30. C'est ce chiffre-là qui compte, pas l'autre.

Deuxième correctif : vous ne rechargez jamais la capacité annoncée. Un pack vendu pour 60 kWh en conserve 3 à 8 % en réserve, et descendre à 0 % puis remonter à 100 % n'arrive pratiquement jamais. La bonne question n'est donc pas « combien de temps pour le plein », mais « combien de temps pour remettre les 12 kWh que j'ai consommés aujourd'hui ». À 7,4 kW : moins de deux heures, pendant que vous dormez.

Trois plafonds en série, le plus bas commande

La puissance qui entre vraiment dans la batterie est la plus petite de trois valeurs. Aucune ne rattrape les autres.

La borne ou la prise. Une prise domestique standard tient 2,3 kW en continu (10 A), une prise renforcée monte à 3,7 kW (16 A), une wallbox domestique délivre 7,4 kW en monophasé, 11 ou 22 kW en triphasé. Ce que chaque solution coûte vraiment à l'installation, c'est le sujet de prise renforcée ou wallbox 7 kW.

Le chargeur embarqué. C'est le convertisseur logé dans la voiture, qui transforme le courant alternatif du réseau en courant continu utilisable par la batterie. Sa puissance maximale est une caractéristique figée du modèle, reléguée en page 4 de la fiche technique. Une large part des voitures vendues en France plafonne à 7,4 kW en monophasé ; d'autres acceptent 11 kW en triphasé ; le 22 kW en alternatif reste rare et se facture souvent 800 à 1 500 € en option. Branchez une voiture limitée à 7,4 kW sur une borne 22 kW : elle prendra 7,4 kW. Le vendeur qui vante « une borne 22 kW pour aller trois fois plus vite » vend un chiffre que cette auto-là ne verra jamais.

La puissance de charge en courant alternatif est une caractéristique de la voiture, pas de la borne.

Le circuit électrique. Une charge à 32 A réclame un disjoncteur dédié, une section de conducteur adaptée (6 mm² le plus souvent) et un différentiel spécifique. Elle réclame surtout un abonnement capable d'encaisser 7,4 kW en plus du chauffe-eau et des plaques : le passage de 9 à 12 kVA coûte quelques dizaines d'euros de plus par an, détaillé dans augmenter la puissance de son compteur. Le cordon compte aussi : un câble Type 2 marqué 16 A bride la charge à 3,7 kW en monophasé, borne 22 kW ou pas — la différence est expliquée dans câble Type 2, 16 A ou 32 A.

Un point rarement dit en concession : la majorité des maisons individuelles françaises sont raccordées en monophasé. Demander le triphasé est possible, parfois gratuit sur un branchement neuf, souvent facturé quelques centaines d'euros en modification. Cela n'a d'intérêt que si la voiture sait en profiter.

50 kWh à reprendre : le tableau qui répond vraiment

Durées de branchement, pertes comprises, pour remettre 50 kWh dans la batterie. Cherchez la ligne de votre installation, puis la colonne de votre voiture.

Borne ou priseVoiture 7,4 kW (mono)Voiture 11 kW (tri)Voiture 22 kW (tri)
Prise domestique 2,3 kW~24 h~24 h~24 h
Prise renforcée 3,7 kW~15 h~15 h~15 h
Wallbox 7,4 kW monophasée7 h 307 h 307 h 30
Borne 11 kW triphasée7 h 305 h5 h
Borne 22 kW triphasée7 h 305 h2 h 30

Trois colonnes identiques sur les trois premières lignes : la question « quelle puissance de borne » n'a aucun sens tant qu'on n'a pas ouvert la fiche technique de la voiture. Sur la dernière ligne, l'écart d'un facteur trois entre les deux extrémités ne se joue pas du tout sur la borne, puisqu'elle est la même dans les trois cas.

Passé 80 %, le « rapide » ralentit franchement

Sur une borne rapide en courant continu, le chargeur embarqué sort du jeu : le courant va directement à la batterie et c'est le système de gestion, le BMS, qui pilote le débit. Il ouvre grand entre 10 et 50 % de charge, puis referme progressivement pour protéger les cellules. Un pic annoncé à 150 kW ne tient souvent que quelques minutes.

La tranche 80-100 % demande fréquemment autant de temps que 10-80 %, pour cinq fois moins d'énergie récupérée. Sur un long trajet, deux arrêts de vingt minutes coupés à 80 % font gagner du temps sur une seule pause menée jusqu'au plein. Ajoutez le froid : par 0 °C, batterie non préchauffée, la puissance acceptée peut tomber de moitié pendant les premières minutes, et l'arrêt de 25 minutes en devient un de 45. Ce que cette pratique use réellement, nous l'avons regardé chiffres en main dans la recharge rapide abîme-t-elle la batterie.

Ce qu'une nuit ordinaire recharge vraiment

Un automobiliste français parcourt en moyenne 30 à 45 km par jour. À 16-20 kWh aux 100 km, cela fait 5 à 9 kWh à remettre : une heure de branchement sur une wallbox 7,4 kW, deux heures et demie sur une prise renforcée. Même une prise domestique en vient à bout entre le dîner et le petit-déjeuner.

Sur huit heures d'heures creuses, une wallbox monophasée transfère environ 55 kWh utiles, de quoi récupérer 250 à 350 km — avec votre tarif et votre kilométrage, vous pouvez calculer le coût de recharge sur votre contrat. Il faudrait rentrer chaque soir la batterie quasiment vide, après 300 km de route, pour que 11 ou 22 kW change quoi que ce soit à votre matin. Ce profil existe : deux voitures électriques sur la même borne, un commercial qui enchaîne les départements, un artisan chargé. Il ne ressemble pas au foyer moyen, et le surcoût est chiffré dans borne 11 kW ou 22 kW, faut-il vraiment payer plus cher.

Avant de signer, posez une seule question au vendeur et exigez la réponse par écrit : quelle est la puissance maximale du chargeur embarqué en courant alternatif, en monophasé et en triphasé ? S'il lui faut quatre minutes et un appel à l'atelier pour la retrouver, vous savez déjà quelle place ce chiffre occupe dans son argumentaire.

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