Énergie·Recharge véhicule électrique
Rallonge et enrouleur pour recharger sa voiture : la mauvaise habitude qui met le feu
Huit à dix ampères tirés d'affilée pendant une nuit entière : une rallonge de bricolage n'a jamais été conçue pour ce régime, et un enrouleur encore moins. Ce qui chauffe exactement, pourquoi le disjoncteur ne bronche pas, et les solutions par ordre de prix.
Publié le · par Gaëtan Rebut
Dans cet article
Une prise dans le garage, une rallonge orange qui passe sous la porte, et la voiture qui se recharge dans l'allée jusqu'au matin. Des milliers de foyers français font exactement ça. Rien de marginal : c'est la façon la plus répandue de recharger une voiture électrique chez soi, et celle qui met le feu.
Le problème ne vient pas du câble de la voiture. Il est en amont, dans ce qu'on a intercalé entre le mur et lui.
Dix ampères pendant dix heures : ce qu'une rallonge n'a jamais eu à encaisser
Un chargeur nomade, le câble de dépannage livré avec le véhicule, tire 8 à 10 ampères sur une prise domestique, soit 1,8 à 2,3 kW. Un radiateur soufflant en demande davantage. Toute la différence tient dans la durée : le radiateur tourne vingt minutes, l'aspirateur cinq. La recharge ne relâche pas pendant huit à dix heures.
Un conducteur parcouru par du courant s'échauffe, et l'échauffement croît avec le carré de l'intensité. Il met du temps à s'installer : plusieurs dizaines de minutes avant l'équilibre thermique, quand la chaleur produite égale celle qu'on évacue. Aucun appareil ménager n'y arrive. Une recharge y arrive en une heure, et s'y tient toute la nuit.
Or l'isolant PVC des rallonges courantes est prévu pour un conducteur à 70 °C. Au-delà, rien ne fond d'un coup : la matière vieillit, durcit, se fissure. Personne ne le voit, puisque tout dort enroulé dans un coin. Le câble Type 2 de la voiture relève, lui, d'un autre diagnostic : un câble de recharge qui chauffe anormalement se traite à part.
Pourquoi votre disjoncteur vous laisse faire
Un disjoncteur de 16 A voit passer 10 A et ne bronche pas : son rôle est de protéger les fils encastrés dans les murs contre les surintensités. Une rallonge de 1,5 mm² enroulée qui grimpe à 90 °C derrière un carton tire toujours 10 A. Le tableau ne verra rien.
Le différentiel 30 mA n'aide pas davantage : il détecte le courant qui fuit vers la terre, jamais un échauffement. Les deux protections réglementaires de votre installation sont aveugles au phénomène qui vous menace ici.
Un incendie de rallonge se produit à intensité parfaitement normale, et c'est ce qui le rend possible. Rien ne saute, aucun voyant ne change de couleur. La seule grandeur qui dérive est la température, et personne ne la mesure entre le tableau et le pare-chocs.
L'enrouleur : deux chiffres sur le tambour, un seul qui compte
Retournez n'importe quel enrouleur. Étiquette à deux valeurs, jamais une seule : 16 A / 3 500 W déroulé et 8 A / 1 800 W enroulé. Ce second chiffre n'est pas une précaution de juriste. Enroulé, le câble ne tient plus que la moitié de sa charge.
La raison est géométrique. Les spires s'empilent et chacune reçoit la chaleur de ses voisines ; celles du fond n'ont aucun contact avec l'air, et le tambour fait couvercle. Un petit four, dont la résistance chauffante est le câble lui-même.
Charger à 10 A sur un enrouleur non déroulé sort du cadre annoncé dès la première minute, et pour dix heures. Les modèles corrects ont un protecteur thermique, qui agit une fois le câble déjà cuit ; sur les premiers prix, il n'existe pas. Dérouler supprime l'effet de four, sans rien régler de la section ni du nombre de connexions.
1,5 mm², 2,5 mm² : où part la chaleur
La section du conducteur commande le reste. Le cuivre oppose une résistance proportionnelle à la longueur et inversement proportionnelle à la section : rallonger augmente les pertes, épaissir les réduit. Sur 25 mètres à 10 A, une rallonge de 1,5 mm² dissipe environ 58 watts — une vieille ampoule de 60 W allumée en permanence dans une gaine.
| Rallonge | Chaleur dissipée à 10 A | Chute de tension |
|---|---|---|
| 10 m en 1,5 mm² | environ 23 W | 2,3 V |
| 25 m en 1,5 mm² | environ 58 W | 5,8 V |
| 10 m en 2,5 mm² | environ 14 W | 1,4 V |
| 25 m en 2,5 mm² | environ 35 W | 3,5 V |
Passer en 2,5 mm² retire 40 % de cette chaleur. C'est la section qu'impose la norme NF C 15-100 pour un circuit de recharge dédié, et rien ne justifie qu'une rallonge branchée au bout soit plus fine que lui. Les modèles de grande surface sont presque tous en 1,5 mm² ; les 2,5 mm² se repèrent au diamètre.
Le marquage « 16 A » de la gaine ne contredit rien : il vaut câble déroulé, en service intermittent. Et la prise murale est elle-même souvent alimentée en 1,5 mm², partagée avec sept autres prises : améliorer la seule rallonge revient à renforcer le maillon visible.
Chaque prise ajoutée est un point chaud de plus
Un conducteur chauffe sur toute sa longueur, lentement. Une mauvaise connexion concentre tout au même point. Un contact propre présente quelques milliohms ; desserré ou oxydé, il atteint un dixième d'ohm. À 10 A, cela fait 10 watts dans un boîtier de la taille d'une boîte d'allumettes.
Le phénomène s'auto-entretient : la chaleur oxyde le contact, l'oxydation augmente la résistance, la résistance chauffe davantage. Un emballement lent, sur des semaines, qui finit par une fiche noircie puis fondue.
Brancher le chargeur dans le mur, c'est une liaison fiche-socle. Avec une rallonge, deux. Avec un enrouleur derrière, trois. Le test tient en un geste : après une heure, chaque fiche doit être tiède. Si vous ne pouvez pas garder les doigts dessus, débranchez. Le boîtier du chargeur, lui, a le droit d'être chaud : c'est de l'électronique.
Les multiprises sont exclues sans discussion
Toutes les notices de chargeurs nomades l'interdisent noir sur blanc. Ce n'est pas de la prudence commerciale. Une multiprise additionne de petites consommations intermittentes : une box, une lampe, un chargeur. Ses barrettes sont fines, et ses contacts sont la pièce où le fabricant a le plus économisé. Lui demander 10 A toute une nuit, c'est l'inverse de sa raison d'être.
Dehors, sur le gravier, sous la pluie
La rallonge domestique est prévue pour l'intérieur : indice IP20, PVC qui raidit au froid et se ternit aux UV. Traînée dans une allée et écrasée par une roue, elle est hors de son domaine d'emploi avant même qu'on parle de courant.
Le chargeur nomade vérifie la terre et refuse de démarrer sans elle. Bonne nouvelle, mais partielle : il teste ce qu'il mesure en dix secondes, pas l'aptitude d'un câble à tenir dix heures. Une fiche posée dans l'eau ne déclenche aucune alarme tant que l'isolement tient.
Si le câble doit sortir, il lui faut :
- une gaine caoutchouc H07RN-F, pas le PVC d'une rallonge d'intérieur ;
- une connectique IP44 au minimum, à clapet, surélevée du sol ;
- aucun passage sous une roue, aucune portion laissée dans l'eau.
C'est aussi ce que regarde un expert après sinistre : les garanties de l'assurance habitation en cas d'incendie lié à la recharge se lisent avant, pas après.
Ce qu'on met à la place, du gratuit au facturé
Zéro euro. Supprimer l'intermédiaire : déplacer la voiture de deux mètres, brancher le chargeur directement dans une prise murale en bon état. Puis brider à 8 A quand le boîtier le permet, ce qui retire 36 % des pertes puisqu'elles suivent le carré du courant. La charge dure plus longtemps, elle chauffe moins.
25 à 60 €. Si la distance rend la rallonge inévitable et que la recharge reste occasionnelle : un modèle court en 2,5 mm², gaine caoutchouc, déroulé en totalité, rien branché derrière. Ça atténue le risque sans le lever.
160 à 400 € posée. Une prise renforcée sur circuit dédié, avec son disjoncteur et son différentiel. Elle monte à 14 A, soit 3,2 kW, avec une connectique faite pour tenir en continu. Le kit vaut environ 160 € ; la pose est autorisée soi-même jusqu'à 3,7 kW, ou confiée à un électricien. Nous avons détaillé ce que contient vraiment un kit prise renforcée Green'Up, les boîtes vendues « complètes » ne l'étant pas toujours.
1 200 à 2 000 € posée. La wallbox 7,4 kW, sur circuit dédié en 6 mm², posée par un installateur IRVE. Elle divise le temps de charge par trois et se programme sur les heures creuses. L'arbitrage dépend surtout de votre kilométrage, chiffres en main dans prise renforcée ou wallbox 7 kW.
Un mot sur l'argument financier, parce qu'il circule : les pertes d'une rallonge de 25 mètres pèsent 0,58 kWh sur une nuit, soit 12 centimes à 0,20 €/kWh. On ne refait pas son installation pour ça. Le vrai écart se joue sur le tarif au moment où vous branchez : notre calculateur du coût de recharge, gratuit et sans inscription, chiffre la différence entre heures pleines et heures creuses pour votre voiture.
La rallonge est presque toujours arrivée comme une solution provisoire, le temps de faire poser quelque chose de sérieux. Regardez la vôtre et demandez-vous depuis combien de mois elle est provisoire.
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