Énergie·Recharge véhicule électrique
Faut-il augmenter la puissance de son compteur pour recharger ?
L'installateur veut vous faire passer de 6 à 9 kVA « pour la borne ». C'est un abonnement plus cher tous les ans, alors qu'un module de délestage règle le problème une seule fois.
Publié le · par Gaëtan Rebut
Dans cet article
Le devis pour la wallbox tient en deux pages, et la ligne la plus chère est celle qui affiche 0 € : « passage de 6 à 9 kVA, à demander à votre fournisseur ». Le geste, lui, est gratuit ou presque. L'abonnement augmente de 40 à 55 € par an, et il augmente aussi longtemps que vous habitez le logement.
Cette ligne figure dans une bonne partie des propositions d'installation reçues par les particuliers. Elle repose sur un calcul que personne ne vérifie jamais.
L'addition que fait le devis n'est pas celle de votre mardi soir
Le raisonnement présenté additionne les puissances maximales de la maison : plaques à induction 7 kW, four 2,5 kW, chauffe-eau 2,2 kW, lave-linge 2,3 kW, borne 7,4 kW. Vingt et un kilowatts. Conclusion imparable : « votre 6 kVA ne tiendra pas ».
Aucun de ces appareils ne tourne à pleine charge au même instant. Une table à induction n'atteint sa puissance nominale que si les quatre foyers sont poussés ensemble, ce qui arrive quelques minutes par an, et la plupart des modèles embarquent un limiteur interne qui répartit le courant entre les zones. Le four tire sa pleine puissance pendant la montée en température, puis oscille entre 600 et 900 W. Le chauffe-eau, s'il est asservi au contacteur heures creuses, ne démarre pas avant 22 h ou minuit.
La pointe réellement mesurée un soir de janvier, entre 19 h et 20 h 30, tourne autour de 3 à 4,5 kW dans un logement chauffé au gaz ou au bois. Elle grimpe à 5-7 kW dans un tout-électrique à convecteurs — et dans ce cas, l'abonnement de 6 kVA était déjà tendu avant que la voiture n'arrive.
Un relevé sur une semaine coûte moins cher qu'une seule année d'abonnement supplémentaire, et il tranche le débat sans discussion possible.
Une fois la pointe connue, le reste se lit en ampères.
| Puissance souscrite | Intensité au compteur | Marge après 3,5 kW de logement | Recharge tenable en simultané |
|---|---|---|---|
| 6 kVA monophasé | 30 A | ≈ 2,5 kW | prise renforcée bridée à 10 A, ou borne réglée sur 8-10 A |
| 9 kVA monophasé | 45 A | ≈ 5,5 kW | borne 3,7 kW sans y penser ; 7,4 kW en dehors du dîner |
| 12 kVA monophasé | 60 A | ≈ 8,5 kW | borne 7,4 kW en continu |
| 12 kVA triphasé | 3 × 20 A | ≈ 4 kW par phase | borne 11 kW si les phases restent équilibrées |
Le plancher technique est identique sur toutes les bornes : 6 A, soit environ 1,4 kW en monophasé. En dessous, la charge s'arrête au lieu de ralentir. Entre 6 et 32 A, une borne pilotable fait ce qu'on lui demande, et c'est dans cet intervalle que se joue l'économie. Sur les solutions d'entrée de gamme, ce réglage se limite parfois à deux positions : le sujet revient dans notre comparaison entre prise renforcée Green'Up et wallbox 7 kW.
Une pince dans le tableau, et la borne s'efface quand vous cuisinez
Le délestage dynamique repose sur un capteur posé en tête d'installation, le plus souvent une pince ampèremétrique. Il mesure en permanence ce que tire le logement. La borne lit cette valeur et ajuste son courant en temps réel : le four s'allume, elle descend de 32 à 18 A ; la cuisine s'éteint, elle remonte. Le compteur ne dépasse jamais le seuil souscrit, et personne ne descend au tableau avec une lampe de poche.
Le vocabulaire des fiches produit mérite de la méfiance. Beaucoup de bornes annoncent un « délestage » qui n'est qu'un bridage fixe : on règle 16 A une fois pour toutes, et l'appareil charge deux fois moins vite y compris à 3 h du matin, quand plus rien ne tourne dans la maison. Le terme à chercher est délestage dynamique, ou modulation selon la consommation du foyer. Ces fonctions arrivent en général avec le pilotage à distance, dont l'intérêt réel est discuté dans notre article sur les wallbox connectées.
Côté budget, le kit capteur plus module compatible se situe entre 120 et 300 €. La pose ajoute 80 à 200 € lorsqu'elle est faite en même temps que la borne, puisque le tableau est déjà ouvert. Plusieurs fabricants intègrent la fonction d'origine et ne facturent que la pince.
45 € par an contre 250 € une fois : le calcul sur dix ans
| Solution | Frais d'entrée | Coût annuel | Total sur 10 ans |
|---|---|---|---|
| Passage 6 → 9 kVA | 0 à 5 € | + 40 à 55 € | 400 à 555 € |
| Passage 6 → 12 kVA | 0 à 5 € | + 90 à 110 € | 900 à 1 105 € |
| Délestage dynamique (capteur + pose) | 200 à 500 € | 0 € | 200 à 500 € |
| Charge programmée la nuit, rien à changer | 0 € | 0 € | 0 € |
Le changement de puissance est indolore en lui-même : avec un compteur communicant, l'opération se fait à distance en quelques minutes, pour quelques euros au maximum, parfois offerte une fois par an. C'est exactement ce qui le rend si facile à glisser dans une proposition commerciale. Ce qui pèse, c'est la part fixe de la facture, prélevée tous les mois pendant quinze ou vingt ans. Les devis d'installateurs IRVE gonflés jouent régulièrement sur cet écart entre coût visible et coût récurrent.
Autre repère : 45 € d'abonnement supplémentaire par an représentent environ 250 kWh en heures creuses, de quoi parcourir 1 200 à 1 500 km. Vous payez chaque année une réserve de puissance qui servira peut-être vingt soirs. Le basculement en option heures creuses obéit d'ailleurs à sa propre arithmétique, détaillée dans notre calcul sur le moment où les heures creuses deviennent rentables.
À 2 h du matin, le problème n'existe plus
Un conducteur français parcourt 30 à 45 km par jour en moyenne, soit 5 à 9 kWh à remettre dans la batterie. Deux à trois heures sur une prise renforcée à 3,2 kW. Une plage de huit heures creuses laisse passer environ 25 kWh à ce rythme, et près de 60 kWh avec une borne 7,4 kW. Ce qui compte alors, c'est l'heure de démarrage de la charge, et rien d'autre : c'est tout l'objet de la programmation en heures creuses.
Entre minuit et 6 h, un logement consomme 200 à 400 W. Veilles, box internet, réfrigérateur, VMC. La totalité de la puissance souscrite reste disponible pour la voiture, même à 6 kVA. Décaler le départ de charge depuis la voiture ou depuis la borne ne coûte rien et suffit à la grande majorité des foyers.
Deux situations résistent : deux véhicules électriques à recharger la même nuit, et le retour à 22 h avec 8 % de batterie quand il faut repartir à 6 h. Il faut alors charger pendant que la maison vit.
Les dossiers où il faut vraiment monter en puissance
Un logement tout-électrique équipé d'une pompe à chaleur et d'un ballon thermodynamique déclenche parfois son disjoncteur sans aucune voiture branchée. La borne ne crée pas le problème, elle le rend visible : passer à 9 kVA répare ici un sous-dimensionnement ancien, et se justifierait même sans véhicule électrique. Idem pour un foyer à deux voitures, où la fenêtre nocturne se partage et où 6 kVA obligerait à charger l'une après l'autre.
Le triphasé obéit à une autre grille, avec des questions de raccordement et d'équilibre entre phases qui dépassent le simple choix d'abonnement.
Reste la majorité des situations : 6 kVA, une voiture, un trajet domicile-travail, un chauffage qui n'est pas électrique. Une proposition qui inscrit l'augmentation de puissance en préalable obligatoire sans avoir demandé une seule fois ce que vous consommez le soir, ni évoqué la moindre modulation, mérite une deuxième consultation.
Avant de signer, posez une question et une seule : est-ce que la borne proposée module sa puissance selon la consommation du logement, et combien coûte le capteur qui va avec ? Si la réponse tourne au flou artistique, demandez que la ligne « augmentation de puissance » soit chiffrée sur quinze ans dans le devis. Le total calme en général tout le monde.
Cet article vous a-t-il été utile ?
Aucun avis pour le moment
À lire aussi
Consommation réelle d'une voiture électrique : pourquoi votre compteur affiche toujours plus que la brochure
Entre les 15,5 kWh/100 km de la fiche technique et ce que votre compteur enregistre à la fin du mois, il y a deux écarts distincts : la conduite réelle, puis les pertes à la recharge. Voici les fourchettes par usage et le coût facturé, à 0,20 € le kWh.
Wallbox connectée : fonctions utiles ou options payées pour rien
Délestage dynamique, heures creuses, surplus solaire, sous-comptage : sur une wallbox connectée, certaines options valent leur supplément, d'autres doublent ce que la voiture fait déjà.
Temps de charge réel : le calcul que personne ne fait avant d'acheter
Le « 0-80 % en 25 minutes » du catalogue ne dit rien de vos nuits. La division qui donne votre vrai temps de charge, et le plafond que les vendeurs oublient : le chargeur embarqué.
Borne de recharge et assurance habitation : ce qui peut vous être refusé
Aucune loi n'oblige à déclarer sa borne de recharge. Mais une pose non conforme, ou une recharge sur rallonge, suffit parfois à faire refuser l'indemnisation après un incendie.
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier.