Énergie·Recharge véhicule électrique

Programmer sa recharge en heures creuses : l'économie réelle

Décaler la recharge la nuit vaut 90 à 420 € par an selon le kilométrage. Encore faut-il que la programmation tienne, et que l'option heures creuses ne coûte pas plus cher qu'elle ne rapporte.

Publié le · par Gaëtan Rebut

Programmer sa recharge en heures creuses : l'économie réelle
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Une compacte électrique qui consomme 18 kWh aux 100 km, 15 000 km dans l'année : le compteur, lui, enregistre plutôt 3 000 kWh une fois les pertes de charge comptées. Facturés en heures pleines à 0,21-0,22 € le kWh, ils coûtent près de 645 €. Les mêmes kWh tirés entre minuit et 6 h, à 0,15-0,16 €, reviennent à 465 €. Environ 180 € d'écart pour un réglage qui prend deux minutes. Ce chiffre est un plafond. Presque personne ne l'atteint.

Ce que rapporte le décalage, kilomètre par kilomètre

L'écart entre heures pleines et heures creuses tourne autour de 5,5 à 7 centimes par kWh en 2026, selon le fournisseur et la puissance souscrite. Reste à le multiplier par l'énergie réellement facturée : comptez 20 kWh aux 100 km pour une citadine ou une compacte, 24 à 26 pour un SUV familial ou un usage autoroutier régulier.

Kilométrage annuelÉnergie facturéeÉconomie annuelle sur la seule recharge
8 000 kmenviron 1 600 kWh90 à 110 €
12 000 kmenviron 2 400 kWh130 à 170 €
15 000 kmenviron 3 000 kWh165 à 210 €
20 000 kmenviron 4 000 kWh220 à 280 €
30 000 kmenviron 6 000 kWh330 à 420 €

Ces montants supposent que toute la recharge passe en heures creuses, et se recalculent sur vos kilomètres et votre prix du kWh dans notre calculateur de coût de recharge. Un branchement sur trois fait à 19 h parce qu'on ressort le soir, et c'est la ligne du dessus qu'il faut lire.

Programmer depuis la voiture, depuis la wallbox ou avec une minuterie

Le menu de charge du véhicule

Gratuit, présent sur à peu près tous les modèles vendus depuis 2020. On saisit une plage — charger entre 23 h et 7 h — ou une heure de départ, et la voiture négocie l'arrêt puis la reprise avec le câble, comme le protocole le prévoit. Deux angles morts. Le réglage voyage avec la voiture : il s'applique donc aussi chez des amis ou sur une borne publique, où l'on retrouve un véhicule branché qui n'a rien chargé. Et sur plusieurs marques, une mise à jour logicielle ou une batterie 12 V à plat efface la programmation sans prévenir. Contrôlez l'état de charge au bout d'une semaine au lieu de faire confiance.

Le planificateur de la wallbox

Il pilote la charge indépendamment du véhicule, ce qui règle le problème du réglage qui suit la voiture — utile aussi quand le foyer compte deux véhicules. Les boîtiers raccordés au contact heures creuses du tableau électrique suivent automatiquement les plages du distributeur, y compris lorsqu'elles changent. Les autres dépendent d'une application, donc d'une connexion : box en panne, serveur du fabricant hors service, et certains modèles retombent en charge immédiate quand d'autres refusent tout simplement de démarrer. À vérifier avant l'achat, comme le rappelle notre analyse des wallbox connectées.

La prise programmable, fausse bonne idée

Une minuterie mécanique ou une prise connectée intercalée entre le mur et le chargeur coupe le courant à l'heure dite. Sur un lave-linge, aucun problème. Sur une recharge, la coupure tombe au milieu d'un transfert de 2 à 3,2 kW : l'arc qui se forme à l'ouverture des contacts marque le métal, la résistance monte, l'échauffement suit. La plupart de ces boîtiers sont donnés pour 16 A en usage bref, pas pour huit heures d'affilée à pleine charge. Certains véhicules, en prime, ne relancent pas la charge après une coupure brutale et réclament un débranchement complet du câble. Le détail de nos réserves figure dans notre test des prises connectées à wattmètre.

Sous 30 % de consommation nocturne, l'option coûte plus qu'elle ne rapporte

Basculer en option heures creuses n'est pas gratuit. L'abonnement grimpe de 10 à 20 € par an, et le kWh en heures pleines dépasse de 1 à 2 centimes celui du tarif à index unique. Tout ce que le logement consomme en journée est donc facturé plus cher qu'avant : chauffage électrique, ballon d'eau chaude mal réglé, télétravail. Pour un ménage à 4 500 kWh annuels hors voiture, il faut qu'environ 30 % du total bascule la nuit pour que l'opération redevienne gagnante.

Une voiture électrique fait franchir ce seuil à elle seule : chez un rouleur moyen, la recharge pèse près de 40 % de la consommation du foyer. C'est ce qui rend l'option défendable avec un VE alors qu'elle est souvent perdante sans. Le raisonnement complet, cas défavorables inclus, est posé dans notre calcul de rentabilité des heures creuses.

Deux profils retombent sous la barre. Le petit rouleur, moins de 8 000 km par an, dans un logement chauffé à l'électricité toute la journée. Et l'automobiliste qui recharge surtout au bureau ou sur borne publique, et ne fait que des appoints chez lui. Dans ces deux cas, le surcoût d'abonnement avale le gain avant même qu'on l'ait vu passer.

Vos heures creuses ne sont pas forcément nocturnes

Les plages sont attribuées par le gestionnaire du réseau de distribution, pas par le fournisseur, et encore moins par le client. Huit heures par jour, fréquemment découpées en deux blocs, calées selon la charge locale du réseau. Depuis 2025, une partie de ces heures glisse vers l'après-midi, grossièrement entre 11 h et 17 h, pour absorber la production solaire — la plage nocturne étant raccourcie d'autant. Un courrier informe du changement. Aucun accord n'est demandé.

La programmation « 23 h - 7 h » réglée il y a deux ans peut donc mordre aujourd'hui sur des heures pleines. Les horaires exacts figurent sur la facture et s'affichent sur le compteur, en défilement. Si une plage d'après-midi vous a été attribuée et que la voiture dort au garage la journée, il reste du gain à récupérer — et si vous produisez votre propre électricité, la logique change encore, voir la recharge sur surplus solaire.

Le contrôle qui ne coûte rien : deux relevés d'index

Le compteur tient deux index séparés. Notez-les le 1er du mois, recommencez trente jours plus tard, faites le rapport : la part de kWh consommés en heures creuses apparaît sans discussion possible. En dessous de 35 %, soit la programmation ne fait pas ce que vous croyez, soit la voiture se recharge à des heures que vous n'avez pas choisies. Le coût complet d'une charge à domicile, pertes et abonnement compris, est chiffré dans notre calcul du prix réel de la recharge.

Un dernier cas piège plus de monde que tous les autres : la programmation dans la voiture et celle de la wallbox qui se superposent. Le boîtier autorise la charge de 23 h à 5 h, le véhicule est réglé pour démarrer à 5 h 30. Chacun attend l'autre, et au matin la batterie n'a pas bougé d'un pour cent. Quand vous programmez d'un côté, désactivez l'autre.

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