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Plantes dépolluantes : mythe NASA ou vraie solution ?

Cinq plantes qui purifieraient votre maison ? L'image tourne depuis trente ans. On remonte à l'étude NASA de 1989 et on regarde ce qu'elle prouve vraiment.

Publié le · par Gaëtan Rebut

Plantes dépolluantes : mythe NASA ou vraie solution ?
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Elle revient chaque année, la fameuse infographie : « Les 5 plantes qui purifient votre maison ». Un spathiphyllum, un ficus, une fougère, et l'air de votre salon deviendrait respirable comme après une averse. L'image est belle. Elle repose sur un malentendu vieux de trente-cinq ans.

1989 : la NASA a bien testé des plantes, dans une boîte fermée

Tout part d'un rapport de la NASA publié en 1989. La cible des chercheurs n'était pas votre appartement, mais les futures stations spatiales : des espaces clos où l'air ne se renouvelle jamais. Ils ont enfermé des plantes dans des caissons hermétiques d'environ un mètre cube, y ont injecté du benzène, du trichloréthylène et du formaldéhyde, puis mesuré la baisse de ces composés organiques volatils (COV).

Le verdict : oui, les plantes en absorbaient. Dans une chambre scellée, sans la moindre entrée d'air, au bout de vingt-quatre heures. Le mot qui compte, c'est « scellée ». Aucun rapport avec une pièce où l'on ouvre la fenêtre, où l'air passe sous les portes, où la VMC tourne.

Pourquoi ça ne tient pas dans un vrai salon

Le décalage saute aux yeux dès qu'on change d'échelle. Le caisson de labo tenait sur une table ; un séjour fait cinquante à cent mètres cubes. Le volume d'air à traiter n'a plus rien de comparable, et la plante, elle, absorbe toujours aussi peu.

Des équipes ont refait le calcul pour une pièce d'habitation. Pour rivaliser avec le simple renouvellement d'air d'un logement ventilé, il faudrait entrer une petite forêt : de l'ordre de plusieurs dizaines de plantes pour dix mètres carrés. Personne ne vit dans une jungle pareille. Et le jour où vous ouvrez la fenêtre quelques minutes, ce geste évacue plus de polluants que vos pots n'en captent en une journée entière.

Ce qu'on répète, ce que mesurent les chercheurs

Ce qu'on entendCe que montrent les mesures
« Cette plante purifie l'air de la pièce »Effet réel négligeable dans un logement ventilé (ADEME, OQAI)
« L'étude NASA le prouve »Test en caisson hermétique d'1 m³, sans renouvellement d'air : pas un logement
« Quelques plantes suffisent »Il en faudrait des dizaines par pièce pour un effet mesurable
« C'est naturel, donc sans risque »Terreau trop humide = moisissures, moucherons, allergènes

L'ADEME et l'Anses ont tranché la question

En France, l'ADEME est nette : en conditions réelles d'habitation, l'effet dépolluant des plantes est négligeable. L'Observatoire de la qualité de l'air intérieur (OQAI) a mené des travaux dédiés et aboutit au même constat. L'Anses rappelle de son côté qu'aucune allégation « plante dépolluante » ne repose sur des preuves solides dans un logement occupé. Vendre un pot comme « assainisseur d'air » relève de l'argument commercial, pas de la mesure.

Le vrai danger : se croire protégé

Un ficus dans un coin ne serait qu'inutile, ce ne serait pas grave. Le souci, c'est la fausse sécurité. Quelqu'un qui pense que ses plantes « nettoient » l'air aère moins, se méfie moins de la peinture qui dégaze, du produit ménager agressif, de la bougie parfumée. La plante décorative devient un alibi.

Il y a même un effet retour. Un terreau détrempé en permanence, c'est un nid à moisissures et à moucherons. Pour l'air que vous respirez, surtout dans une chambre, ça joue contre vous. Une plante mal entretenue peut abîmer ce qu'on lui prête le pouvoir de corriger.

Alors, on jette les plantes ? Surtout pas

Soyons honnêtes jusqu'au bout : les plantes ont de vrais atouts. Elles apaisent, elles décorent, elles ajoutent un peu d'humidité dans un intérieur sec l'hiver, et plusieurs travaux sérieux associent leur présence à une baisse du stress. Autant de bonnes raisons d'en avoir chez soi. Purifier l'air n'en fait pas partie.

Ce qui assainit réellement un logement tient en deux gestes. Aérer pour de vrai, deux fois dix minutes par jour fenêtres grandes ouvertes, et laisser la VMC faire son travail : c'est tout l'enjeu de bien respirer chez soi. Traiter les sources, ensuite : choisir des matériaux et produits peu émissifs, garder un œil sur le taux d'humidité pour couper court aux moisissures et aux acariens. Quant aux appareils vendus comme miracles, on a regardé de près si un purificateur d'air marche vraiment.

Gardez le spathiphyllum sur l'étagère. Regardez-le pour ce qu'il est : joli, vivant, apaisant. Le jour où vous voudrez vraiment de l'air sain, ce n'est pas vers lui qu'il faudra vous tourner, mais vers la poignée de votre fenêtre.

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