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Tarifs Tempo, EJP et offres de pointe : comprendre avant de souscrire

Tempo et EJP cassent le prix du kWh la plupart de l'année, mais le font flamber 22 jours rouges en hiver. Gagnant si vous pouvez vous effacer ces jours-là (chauffage d'appoint, usages déplaçables la nuit), piégeux pour un foyer tout-électrique mal isolé. La méthode pour décider sans se tromper.

Publié le · par Admin

Deux foyers voisins, même maison, même chauffage électrique. À la fin de l'année, l'un a payé son électricité un tiers moins cher que l'autre. Pas de fournisseur miracle là-dessous : juste une option tarifaire qui facture le kWh très cher quelques jours par an, et le brade le reste du temps. Tempo, et l'ancienne formule EJP, fonctionnent comme ça. Bien jouées, elles font vraiment baisser une facture. Mal jouées, elles la font flamber.

On vous récompense ou on vous pénalise selon le jour

Une offre classique facture le même prix toute l'année (option Base). Les heures pleines / heures creuses ajoutent un prix selon l'heure. Les offres de pointe vont plus loin : le prix change aussi selon le jour. Et il peut grimper de façon spectaculaire pendant les journées où le réseau électrique français est le plus sollicité, autrement dit les grands froids d'hiver.

Le fournisseur vous paie quand vous consommez au bon moment, et vous fait payer quand vous tirez sur le réseau au pire moment. Réduisez votre consommation les mauvais jours, vous gagnez. Consommez normalement ces jours-là, voire davantage, vous payez le prix fort. C'est un pari, et vous tenez vous-même les cartes.

Tempo : trois couleurs, et 22 jours qui décident de tout

Tempo, proposé par EDF au tarif réglementé, répartit l'année en trois couleurs selon le barème en vigueur au 1er février 2026 :

  • 300 jours bleus : le kWh y est moins cher qu'au tarif de base classique. C'est là que se gagne l'économie.
  • 43 jours blancs : tarif intermédiaire, proche d'une offre standard.
  • 22 jours rouges : le kWh en journée devient très cher, environ quatre à cinq fois le prix d'un jour bleu.

Chaque jour se découpe lui aussi en heures pleines (6h-22h) et heures creuses (22h-6h). Le grand écart se lit dans le barème de début 2026 : autour de 0,13-0,16 €/kWh un jour bleu, contre près de 0,70 €/kWh en heures pleines un jour rouge. Et voici ce qui fait toute la stratégie : même les nuits des jours rouges restent à un tarif raisonnable, de l'ordre de 0,16 €/kWh.

Les 22 jours rouges tombent entre novembre et mars, jamais le week-end ni un jour férié, et EDF les annonce la veille vers 11h. Vous n'êtes donc jamais pris par surprise. À une condition : vérifier la couleur du lendemain chaque soir d'hiver.

EJP : l'ancêtre, plus rustique et verrouillé

L'option EJP (Effacement des Jours de Pointe) suit la même logique en plus brutal. Aucune couleur : 22 jours « de pointe » par hiver, durant lesquels le kWh est très majoré, de l'ordre de 0,34 €/kWh selon le barème en vigueur, contre un tarif normal le reste de l'année. Ces jours EJP courent typiquement de 7h à 1h du matin, et sont annoncés la veille.

Détail qui change tout : on ne peut plus souscrire à EJP depuis 1998. Si vous y êtes encore, c'est un héritage. Tempo en est la version modernisée, avec des jours bleus avantageux qui n'existaient pas vraiment dans la logique EJP d'origine. Vous êtes toujours en EJP ? Comparez concrètement avec Tempo, profil en main : le passage peut être gagnant.

Le bon candidat sait s'effacer les jours rouges

Ces offres récompensent un comportement précis : pouvoir lever le pied les jours rouges. Vous cochez les bonnes cases si vous n'êtes pas tout-électrique pour le chauffage, ou si vous avez un chauffage d'appoint (bois, gaz, pompe à chaleur efficace) pour traverser les 22 jours rouges sans pousser les radiateurs électriques à fond.

Encore faut-il être là et un peu organisé : vérifier la couleur du lendemain, décaler le lave-linge, le sèche-linge ou la cuisson, baisser le chauffage de 1 à 2 °C. Et le bonus va à ceux qui ont de gros usages déplaçables la nuit : chauffe-eau programmé sur les heures creuses, recharge de voiture électrique. La logique rejoint ici celle des heures creuses, plus avantageuses la nuit, mais Tempo paie davantage les jours bleus.

Pour ces profils, l'écart annuel est bien réel : la majorité des kWh tombe sur des jours bleus moins chers que le tarif de base, et les rares jours rouges, bien gérés, pèsent peu.

Le foyer où ça déraille

Tempo n'est pas une offre « moins chère ». C'est une offre « moins chère si vous changez de comportement 22 jours par an ». Sans le changement de comportement, c'est souvent plus cher.

Le scénario qui coûte cher, le voici : vous vous chauffez tout à l'électrique sans alternative, dans une région froide. Les jours rouges, en plein hiver, sont justement ceux où vous consommez le plus. Le kWh à 0,70 € en pleine vague de froid peut effacer l'économie de toute une saison de jours bleus. Ajoutez un logement mal isolé, et le calcul empire : couper le chauffage un jour rouge devient vite inconfortable, et le rallumer le lendemain consomme beaucoup pour remonter en température.

Même piège pour qui ne peut pas, ou ne veut pas, surveiller le calendrier : agendas surchargés, absences, ou simple lassitude de devoir piloter sa consommation au quotidien. Le cas d'école reste le foyer tout-électrique qui souscrit en se disant « j'économiserai » sans rien changer à ses habitudes. Il consomme normalement les jours rouges et reçoit sa facture la plus salée pile quand le compteur s'emballe.

Tempo, Ecowatt, Linky : trois signaux qu'on confond

Trois signaux circulent l'hiver, et on les mélange souvent à tort.

  • Le jour rouge Tempo est un signal tarifaire d'EDF : il dit « aujourd'hui, votre électricité coûte cher ». Il dépend de votre contrat.
  • Ecowatt, géré par RTE, est un signal de tension sur le réseau national : il prévient qu'on frôle un déséquilibre production/consommation. Les deux coïncident parfois, mais ce sont des dispositifs distincts. Et aucun signal Ecowatt rouge n'a entraîné de coupure depuis le lancement du dispositif. Pour décortiquer ce signal et les éventuels délestages, voyez notre dossier sur Ecowatt et l'anticipation des coupures d'hiver.
  • Le compteur Linky n'a rien à voir avec le prix : il mesure et applique le bon tarif au bon moment, jour rouge compris. C'est lui qui rend Tempo possible sans relevé manuel. Sur les craintes qui l'entourent, on a séparé le démontré des rumeurs dans notre article idées reçues et vérité sur le Linky.

Décider sur des chiffres, pas sur une intuition

La bonne méthode passe par votre propre consommation. Trois étapes :

  • Récupérez votre consommation horaire via votre espace client Linky, mise à disposition gratuitement. Vous saurez combien vous consommez réellement, et quand.
  • Estimez votre conso des jours froids : un foyer tout-électrique mal isolé peut grimper à plusieurs dizaines de kWh par jour en hiver. Multipliez ce volume par le tarif rouge pour mesurer le coût d'un jour rouge non géré.
  • Comparez sur l'année : 300 jours bleus moins chers face à 22 jours rouges plus chers. Si vous parvenez à diviser par deux ou trois votre conso les jours rouges, Tempo gagne presque toujours. Sinon, restez sur une offre simple.

Beaucoup de fournisseurs et de comparateurs proposent des simulateurs gratuits à partir de votre consommation réelle. Méfiez-vous des promesses d'économies « moyennes » : votre gain dépend entièrement de votre capacité à vous effacer, jamais d'une moyenne nationale.

Au fond, la vraie question n'est pas « est-ce moins cher ? ». C'est : tiendrez-vous 22 soirs d'hiver à surveiller une couleur et à lever le pied ? Si oui, ouvrez votre espace Linky ce soir et lancez la simulation. Si rien que d'y penser vous agace, vous venez d'avoir votre réponse.

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